Faut au moins dépasser l’orignal

Chronique voyage, dans le style tous les jours dimanche.

Été 2014, deux néo-quadragénaires accompagnées des fistons de l’une des deux, en route vers les Îles-de-la-Madeleine.  Ayant passé la fin de semaine à célébrer le quarantième anniversaire d’une troisième néo-quadragénaire (NDLR:  les néo-quadragénaires, il y en aura plusieurs dans ces pages.  Le modèle 1974 sera très présent, l’auteure inclus), les membres de l’odyssée ignorent que l’ouragan Arthur a laissé des traces un peu partout en Gaspésie et dans les Maritimes, mais épargnant la piscine nord-côtière pas du tout olympique où l’équipage avait passé la fin de semaine.  Dans des bateaux gonflables.  Mais ça c’est un autre propos.

Interviennent ici deux phénomènes contribuant à l’apparition citée dans le titre.  Le premier étant que l’ouragan a laissé des arbres tombés tout le long de la route et le deuxième étant le choix de la route pour se rendre d’Edmunston jusqu’à Shédiac ou Bouctouche, la destination finale de la journée n’était pas encore établie (et pour tout vous dire, ce fut finalement Saint-Édouard-de-Kent.  Mais on ne connaissait pas encore l’existence de ce lieu en se réveillant le matin).  La route 108 fut plus ou moins choisie, je dirais plutôt suivie (la vie est un chemin, la destination importe peu, blablabla…) et je cite Wikipedia pour vous la décrire: « devient une route forestière très isolée pour 130 kilomètres, traversant la forêt centrale du Nouveau-Brunswick ».  Donc, deux filles, deux fistons, une route isolée, un lendemain d’ouragan et des arbres déracinés.  Qu’est-ce qu’il arrive dans ce temps-là?

Non, pas de bris mécanique pas de pouceux louche (bah, à peine un « local » en panne d’essence qui ayant évalué l’aide qu’on pourrait lui offrir l’avait déclinée.  Ça vous donne une idée des compétences mécaniques qu’on dégage, seul véhicule sur 130 km, et il nous dit de passer tout droit), pas de nuit d’épouvante au Motel Bates.  Donc, je répète, il arrive quoi dans ce temps là?
Des orignaux.  Comme dans orignal au pluriel.  Attirés par le buffet vegan que représentaient les feuilles vertes des arbres déracinés, quatre orignaux se sont trouvés sur notre chemin. Et comme tout digne représentant des contrées éloignées et sauvages le sait, si mauvaise et floue soit-elle, une photo d’orignal, ça va sur facebook.  Publication effectuée mais plus tard dans les Maritimes (en fait, quand la couverture cellulaire fut de retour- mais ça aussi, les représentants des régions éloignées et sauvage le savent… Route isolée = pas de couverture cellulaire.  Oui, ça se peut encore!)

La photo connut un succès instantané.  Le monde aime les orignaux faut croire.

Le reste du voyage fut ponctué de publications de photos diverses: le homard géant de Shédiac, le pont de la Confédération, la statue d’AnnelamaisonauxPignonsVerts, le traversier vers les Îles, les tours de bateau, les festins « Bon goût frais des Îles », les gars dans les grottes, les paysages, les plages, le party de fermeture de la saison de homard de Grande-Entrée, les amis croisés par hasard, ceux qu’on a vus exprès, bref, de quoi rendre jaloux quiconque n’ayant pas choisi les Iles-de-la-Madeleine comme destination vacances cet été-là.  Mais aucune ne dépassa en terme de « likes » facebook  la photo de l’orignal. À peine un ex-equo pour des sandales et un coquillage sur la plage du Havre-aux-Basques.

Donc, vacances de rêves, photos toutes plus festives les unes que les autres. Mer, sable, soleil, homard, enfants heureux, adultes reposés. Et l’orignal qui règne sur ma page facebook comme le roi de la forêt qu’il se plait à être.

Pourquoi vous raconter tout cela? Parce que ce blogue se veut aussi instructif. Et je veux vous partager comment se calcule la popularité sur Facebook.  Tu veux savoir si ta photo a plu à ton lectorat?  Facile.  Il faut qu’elle dépasse le nombre de « likes » de l’orignal.  Il y a eu troispointquatorzeseize, e=mc2, je vous présente maintenant nblikes>nblikesorignal=36,

36 personnes ont cliqué « j’aime » sur cette photo floue et pas si bonne que ça.

36.  Faut au moins dépasser 36 « likes ».  Faut au moins dépasser l’orignal.

MàJ: on nous informe que des amis de tous les jours dimanche s’amusent à faire monter le compteur des likes de l’orignal.  Aux dernières nouvelles, on en serait à 38…

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