S’il suffisait de savoir comment

7 décembre 2015.  Jour 7 du Calendrier de l’Avent.

Vous connaissez le site wikiHow ?  Allez faire un tour de ce côté, ils vous apprennent à tout faire.  Comment décorer un sapin de Noël.  Comment coucher les enfants la veille de Noël, comment farcir une dinde.  Vous pouvez également y découvrir comment être comme James Bond mais aussi comment faire cuire des patates au micro-ondes.

L’an passé, à cette date.  Ou peut-être quelques jours après, mais certainement pas avant, j’ai fait une requête google étrange. Absurde.  Une bouteille à la mer.  À la recherche de textes qui pourraient me faire du bien, j’ai saisi ceci: « comment surmonter la mort d’un ami« .

Et bien wikiHow m’a trouvé une recette.  Une marche à suivre.  En 10 étapes.  Bon, comme je ne suis pas les recettes en cuisine, je n’ai probablement pas suivi à la lettre les étapes proposées non plus.  Mais un an plus tard, je relis le tout et je me dis que c’était pas si fou que ça. C’est tout. C’est juste ça,mais c’est également en plein ça.  Aussi plein de bon sens qu’une carte de sympathies  et plus facile à appliquer qu’un livre sur le deuil. Presque qu’aussi bien que de se perdre quelque part sur la planète avec le sourire dans « La frousse autour du monde » de Bruno Blanchet.  Les lectures qui font du bien ne sont pas toujours celles qu’on nous suggère.  Un an plus tard, c’est pas guéri, mais j’y travaille.

Je continue donc mon chemin, et me concentrerai sur comment voyager autour du monde , comment être heureux dans la vie, et comment écrire un blogue célèbre.

Parce qu’il aurait mon été mon premier critique.  Mais aussi mon premier fan. Dans un ordre absurde dont lui seul avait le secret.

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La planification du chemin de(puis) Damas

Route de Damas
La route de(puis) Damas

tous les jours dimanche, des fois, c’est aussi un temps d’arrêt.

Quand la folie s’empare de nos compatriotes, il devient tentant et c’est de bonne guerre, d’essayer de les comprendre.  C’est pas facile quand on ne part pas du même point de départ.  Si on parle de Boston qui mène la série 3-0 contre les Canadiens, je me rabats sur Paul Houde.  Il a une statistique qui m’éclairera (même s’il prend pour Chicago).  Mais quand la fin du monde dépasse 7h sur les réseaux sociaux, et qu’il s’agit de xénophobie, d’ignorance et de refus d’accueillir des gens qui ont besoin de nous, on cherche un peu plus loin.  Notre point de départ peut être Damas.  Ou le site de Radio-Canada…

J’avais loupé cet article de Michel C.Auger paru mardi: Trudeau: entre les principes et les modalités .  En résumé, il craint que le premier ministre du Canada se soit tellement concentré sur les modalités de l’accueil des réfugiés syriens qu’il en ait perdu de vue le principe.  Et il me permet par son texte de mettre le doigt sur un point qui me chicotait avec l’accueil des réfugiés Syriens (et sur ce qui fait que plusieurs de mes compatriotes freakent comme si la vie ici était Homeland.  On s’entend, ma pensée est à des années lumières de ceux qui sont persuadés que les Syriens s’en viennent armés nous convertir et infiltrer nos institutions.  Je vais le dire en partant:  si c’est ce que vous croyez, passez votre chemin – de Damas ou d’ailleurs-, on n’est pas faits pour s’entendre sur ce point…)

J’ai été formée pour planifier. Toutes les universités québécoises nous offrent une panoplie de cours pour apprendre à le faire.  On détermine le but à atteindre, on se donne un plan pour s’y rendre. « Quoi, pourquoi, comment,  quand ».  Ma philosophie: on se prépare le mieux possible.  Parce qu’on sait que l’imprévisible va inévitablement se produire.  Mais notre cerveau est une formidable machine et il ressortira au moment opportun les pièces de notre plan qui s’adapteront à la situation qui n’était pas prévue.  Mais il faut pour ça avoir un plan.  Sinon, ce n’est qu’improvisation.

Dans quelques semaines, nous deviendrons une terre d’accueil pour ces gens qui fuient la peur.  Pensez-y, il faut avoir très peur pour fuir son pays.  Nous passons six mois par année à pester contre l’hiver et nous ne pensons pas à fuir.  On chiale, on s’achète un billet pour le Sud et on revient dans la neige de mars une semaine plus tard en chialant encore mais en se disant « Home Sweet home ».  Ces Syriens fuient un pays qui fut superbe.  Mais où les djihadistes détruisent la beauté au même rythme qu’ils construisent l’horreur.  Ces Syriens fuient leur pays.  Leur maison.   Ils fuient leur Vieux-Québec, leur Stade et leurs centres d’achats à eux.  Ils fuient leur Havre-Saint-Pierre à eux.  Ils quittent leur monde à eux.  Sans « Home, Sweet Home » à l’horizon.

Je ne doute pas qu’un peu partout au Canada, au Québec, des fonctionnaires et des groupes de citoyens s’affairent à préparer l’arrivée des réfugiés Syriens (qui, je vous le rappelle, ne se sont pas réveillés à Damas vendredi dernier en disant « ah oui, le Canada, je pars – armé et dangereux-  pour le Canada « …  les gens que nous accueillerons se sont réveillées vendredi dernier dans un camp de réfugiés quelque part en Jordanie, en Allemagne ou en Grèce.  En ayant déjà subi moult contrôles en chemin.  Et en regardant l’horreur se produire à Paris leur rappelant l’horreur qu’ils avaient eux-mêmes quittée).

Un camp d'hébergement à Munich le 7 septembre 2015
Un camp d’hébergement à Munich le 7 septembre 2015 Source: RFI

Mais de la part de nos élus, on discute d’une chose:  « Avant Noël ».  Et de discourir si avant Noël, c’est faisable, ou réaliste, ou si c’est trop tôt… Déjà que tout est fermé le 25…

Savez-vous quoi? Après Noël, ce ne sera pas non plus trop tard.  Quoique, on pourrait également les choisir dans le catalogue Sears, nos réfugiés, et en plus profiter de la promotion « commandez avant le 1er décembre et ne payez pas la livraison ».  Mais savez-vous quoi (en plusse)?  Il n’y en aura pas de rabais, sur nos réfugiés, si on les reçoit avant le 25 décembre.  Avant Noël, ce n’est pas l’enjeu, ce n’est pas l’objectif.  C’est le deadline.  Et le deadline, même pour les journaux il n’est plus si important.  Donc, on peut aussi les attendre pour le 31, ou pour les Rois.  On le commencera plus tard, notre Calendrier de l’Avent.  De toutes façons, on n’a pas fini nos bonbons d’Halloween.  On peut même attendre à la Saint-Valentin.  Mais pas la semaine des quatre jeudis. Non.  Sur ce blogue, c’est tous les jours dimanche et on n’attend pas la semaine des quatre jeudis pour agir.

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Camp de réfugiés en Jordanie.  Source: Amnesty international

Messieurs et Mesdames nos élus, j’aimerais que vous expliquiez correctement à mes compatriotes votre planification de l’arrivée des réfugiés syriens.  Selon les règles de l’art: quoi, pourquoi, comment. Laissez faire le « quand », je crois qu’on l’a compris. Est-ce qu’on pourrait parler d’enjeux?  De principes? Certains seront surpris de l’apprendre, mais dans ma carrière d’étudiante universitaire qui s’est étalée sur deux décennies, j’ai beaucoup travaillé et j’ai appris à appréhender une situation selon l’enjeu qu’elle représente.  Sur ce qu’on a à perdre et à gagner en bougeant.  En ne bougeant pas.   J’ai appris et essaie d’appliquer les principes du win-win dans une négociation.  Et on ne me sortira pas de la tête que dans les cas présent, le Québec a tout à gagner et les Syriens ont déjà tellement perdu.

Je compte bien sur le fait qu’avec nos impôts, nos institutions et nos structures, mais surtout avec notre cœur, nous accueillions 25 000 réfugiés syriens.  Peut-être pas avant Noël.     C’est pas ça qui est important.

Et dans un an ou deux, on bouclera la planification avec la rétroaction et le bilan de l’arrivée de ces gens dans nos vies.  Dans ce que j’ai appris sur les bancs d’école, ça fait aussi partie d’une bonne stratégie, des étapes de la planification.  J’ai entendu dire qu’ils avaient également de très bonnes universités à Damas et à Alep.  Des bons collèges, des écoles modernes.  Nos nouveaux compatriotes qui seront d’ici là devenus citoyens québécois d’origine syrienne ou résidents permanents, peu importe, ils seront nos voisins et collègues, nos amis, certains entreront peut-être dans vos familles (bouh!)  et ils participeront avec nous à cet exercice de bilan.  Il n’en tient qu’à nous qu’il soit positif.  Et un peu à nos élus…

Et bien-aimés compatriotes canadiens et québécois, ainsi que citoyens du monde entier qui liront mon article, je vous informe de ceci: les commentaires sur ce blogue sont modérés.   Par moi-même en personne. Les commentaires racistes, xénophobes, fermés d’esprit ne passeront pas la censure que j’y impose. Je serai impitoyable.  Aussi impitoyable que les jugements gratuits que j’ai lus récemment.

C’est toutefois à vous, et non aux Syriens, que je souhaite de trouver votre chemin de Damas.

 

 

 

Liberté, égalité, fraternité 

Le café au lait et le croissant de tous les jours dimanche a cet semaine un goût différent.

La devise du Québec nous rappelle qu’on se souvient.  Je dois avouer que je ne pourrais pas spontanément vous citer de quoi ou de qui nous nous souvenons.  Le Canada a pour devise un fait géographique, « a mare usque a mare » et les Américains mettent leur confiance en Dieu.  « In God  (they) trust ».  Dieu seul sait en quel dieu par les temps qui courent.

J’ai toujours  trouvé que la devise française représentait quant à elle un vrai idéal à atteindre, tout en étant une manière de vivre au quotidien.  « Liberté, égalité, fraternité ».  C’est à mon sens la bonne façon d’être un être humain et une bonne recette pour vivre ensemble.

Vendredi soir, le monde, notre monde a encore manqué un battement d’humanité.  Oh, il en a manqué plusieurs dans les derniers temps.  En Syrie, au Liban, en Égypte.  En Afrique de l’Ouest.  Et dans plusieurs communautés autochtones à côté de chez moi.  Vendredi, par l’intermédiaire de nos écrans, c’est vers Paris que nos yeux se sont tournés.  Une soirée de celle dont on se rappelle où et comment on l’a appris.  De ces événements dont il faut plusieurs heures, plusieurs jours, pour comprendre l’ampleur de ce qui y a été vécu.  Et où plus on en apprend sur ce qui s’est passé, plus on saisit qu’aucun de nous ne pourra l’expliquer.  Que la violence et la souffrance de ce drame ne sont qu’une infime partie de de quelque chose de beaucoup plus grand et malheureusement, plus laid.

Vendredi, la pulsion de laisser la peur et la haine remplacer les battements de nos cœurs s’est faite très intense.

Mais la devise de la France m’est revenue en tête et je nous invite à la laisser atteindre nos âmes.  Ce serait une bonne façon de tisser une humanité plus serrée, sans échapper de mailles et en essayant de rattraper celles qu’on a laissé tomber.

Liberté, égalité, fraternité.  Oh… je suis encore troublée.  Mais je me dis qu’on pourrait au moins essayer…

 

http://www.mathieu-molinaro.fr/triptik-liberte-egalite-fraternite/