Roadtrip hivernal

Gilles Vigneault l’a écrit, notre pays n’est pas un pays c’est l’hiver et notre chemin n’est pas un chemin c’est la plaine.  Je sais exactement de quoi il chante, je viens du même pays que lui.  Tout comme vous, arrive janvier et je reluque les spéciaux tout-inclus-si-simples-et-si-peu-chers.  J’y ai même succombé l’hiver passé (Jamaica!!!), et une ou deux autres fois.  J’ai aussi déjà bifurqué un février passé entre le Panama et Playa del Carmen pour finalement choisir Paris dans le menu déroulant en ordre alphabétique d’un site de voyage à rabais.  J’avais pas regretté.  Montmartre en hiver, c’est plus froid, mais c’est plus chaleureux qu’en été.

Cet hiver, pas de plage de sable chaud.  Entre deux chèques de paye, j’ai eu une offre que je ne pouvais refuser, et comme « j’avais un char…   je suis aller virer su’l’bord, d’la Gaspésie ».  Quelques semaines à deux pieds joints dans mon ancienne vie.  Je vous en parlerai plus longuement dans les prochaines semaines de cette Gaspésie hivernale, mais pendant que défilaient les kilomètres de 138 et de 132, pendant que je traversais le St-Laurent sur le bateau flambant neuf (prononcer: noeud!), je me suis dit: faut que j’en parle à tout le monde:  au moins une fois dans votre vie, laissez faire le Sud en hiver pour y préférer l’Est.

Cet hiver, voyagez où votre piasse vaut une piasse.  Cet hiver, venez nous voir.

Sept-Iles-Percé.  590 km.  Selon le chemin choisi.  Sur la Côte-Nord, on ne se perd pas, la 138 est la seule et l’unique.  En Gaspésie, on a le choix.  Suivre la 132.  D’un bord.  Ou de l’autre.  Ça fait le tour.  Bifurquer sur la 299.  Ou choisir la 198.  590 km roulés presque d’une traite.  Entre les deux, on se tape la croisière nordique. J’ai même vu une baleine samedi passé.

Arrêtez de capoter.  Il ne neigeait pas.  Pas de nouveau flocons tombés non plus depuis mon arrivée.  Je vous dévoile un secret bien gardé, les plus beaux roadtrips nord-cotiers et gaspésiens se font souvent en hiver.   En hiver, la mer est turquoise, les sapins sont pleins de neige, les montagnes sont enneigées.  Et puis…  vous n’êtes pas là! 

C’est pas qu’on vous aime pas, on vous aime plutôt bien.  Mais quand vous arrivez en gang, en juillet, on n’a pas le temps de se parler.  Vous êtes entre vous, vous avez une liste longue de même de chose à faire et vous non plus n’avez pas le temps de nous parler.  De toutes façons, en juillet, nous on va vous voir.  On est tous le touriste de quelqu’un.

Prenez congé un vendredi.  Pis un lundi.  Prenez donc une semaine.  Vous le prenez bien pour les buffets cubains, vous pouvez l’essayer pour un St-Hubert à Rivière-du-Loup.   Bon, vous allez me dire: oui, mais on couche où en Gaspésie ou sur la Côte-Nord, en février?  Je vous répondrai: vous dormirez ben où vous voulez!  Bon, les hôtels de Percé sont peut-être fermés, mais l’été, sont pleins.  Continuez quelques kilomètres plus loin et Gaspé ou Chandler vous accueillera.  Mais arrêtez prendre une bière au Pub Pit Caribou.  Toutes les petites villes de la Gaspésie ont au moins un petit resto cute et pas mal meilleur au goût que le buffet pas de pain le mercredi de Varadero.

Et la Côte-Nord…  la Côte-Nord!  Regarde ce beau ciel nord-côtier, et dis moi que tu n’as pas le goût de rouler avec tes lunettes soleil en regardant la neige briller sur les épinettes?

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590 kilomètres, pas l’ombre d’une tempête.  On voit un pont et on ne pense pas embouteillage, on regarde si les cabanes à pêches sont installées.  On voit une plage et on met nos bottes chaudes et on va respirer.

On voit le Rocher de l’autre côté.  Et y’a plein de parcs à bateaux.  Pis un bateau en cale sèche l’hiver, c’est dans le top ten des patentes les plus photogéniques au MON-DE.  Avec les bébés aux grands yeux, les glaçons qui fondent pis un tartare de saumon.  Pis des bébés aux grands yeux, des glaçons qui fondent pis des tartares de saumon, on a ça des deux bords du grand fleuve.

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Go.  Un petit roadtrip avec 200 km par jour.  Des fois 150.  C’est beau partout en hiver.  Et si par malheur la tempête du siècle s’abat sur ton motel, garde ta chambre une nuit de plus.  Et fais-toi inviter à souper.  En février, on va être contents de te garder!

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Pis tu as le temps en masse de préparer ton roadtrip hivernal dans l’Est du Québec.  Fred, la marmotte de Val-d’Espoir nous a prédit ce matin un printemps tardif!

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La princesse et la charrue (conte routier)

Il était une fois, dans un royaume situé au nord du 50ème parallèle, une princesse,  ayant échangé son carrosse japonais à transmission manuelle contre une fougueuse monture « all wheel drive », monture qui parcourait les la routes de ce royaume, chaussée de godasses de  marque française, des Michelin X-Ice (des pneus comme des souliers, la mode y est française ou italienne, les X-Ice ont été gracieusement offerts par les marchands du temple – le concessionnaire.  Mais je préfère encore mes anciens Blizzak, ou encore ces bons vieux Nordik Icetrak de la Tirelire Canadienne, recommandés jadis par le roi de la conduite hivernale, feu mon père).

La princesse avait été élevée avec les plus hauts standards de la conduite en public.  « Colle pas la voiture devant toi » (tu la connais à peine), « freine pas pour rien, ralentis avant » (c’est pas comme si la courbe avait pas été annoncée), « le camionneur est ton ami » (organise toi pour qu’il te voit dans ses miroirs).  Elle « tcheckait son alpeur (mot carolinien signifiant « helper »), comme on lui avait appris.  Elle trainait avec elle depuis 20 ans le kit que son père lui avait offert en lui disant: « on sait jamais »  (des câbles à booster, une couverte de laine datant du galion de son grand-père, un roi acadien ayant affronté les Sept Mers , trois chandelles et une pelle Transformer pouvant devenir tout à la fois des panneaux réfléchissants, des tracks à neige, pis.. une pelle.  Et un petit couteau suisse.  On peut toujours se sauver la vie avec un petit couteau suisse.  Elle renouvelait annuellement les barres tendres, la bouteille d’eau et les hot shots et oubliait systématiquement de trainer un sac de sable, comme il était prescrit).  La princesse se stationnait de reculons toutes les fois que la neige était annoncée.  Et en vieillissant, elle décidait à l’occasion de rester stationnée quand la neige était annoncée.  Pas souvent, c’tait pas une moumoune.  Mais des fois, la route, même quand elle est juste « critique », (même pas fermée…), ben, elle est moins notre amie.

Et sur la route, il y a plein de méchants.  Le premier petit cochon avec sa maison en paille et ses tires su’a fesse.  Le grand méchant loup en invincible F150 qui dépasse 3 voitures et 2 vannes, mais qu’on retrouve dans le fossé 6 kilomètres plus loin (quand on dépasse des filées de vannes, on les voit pas les pancartes prévenant les courbes).  Le nain (ou le Schtroumpf?) Dormeur et la Belle au bois dormant qui cognent des clous au volant.  Blanche-Neige qui texte.  Hansel et Gretel qui parsèment la route de verres Tim Hortons (question de retrouver leur chemin?).  Le Chat Botté, en bottes des Sept-Lieux, qui croit que la route lui appartient.

Ah oui, la princesse croisait bien des gens sur sur chemin.  Quand l’hiver arrivait, elle décorait la monture japonaise d’une jolie boucle de circonstances et elle partait avec Nounours visiter les amis et la parenté.   

 Elle aurait bien aimé que les magiciens japonais inventent un truc pour ne pas être obligée de mettre du lave-glace aux 200 kilomètres dans certaines conditions, mais elle les remerciait quand même d’avoir pensé à faire un réservoir qui contenait un bidon au complet.  Et les louangeait pour les sièges chauffants.  La princesse avait parcouru le Royaume en entier et les Royaumes voisins.  La Gaspésie via Murdoch-où-la-neige-a-été-inventée.  Le Saguenay-fa-là-là.  Elle s’était même une fois (une fois n’est pas coutume… la duchesse aux cheveux de feu épousait, en velours vert, son Prince Charmant) aventurée jusqu’en Abitibi.   Un 28 décembre.  À Val-d’Or (heille, on va se le dire, c’est loin Val-d’Or…)  Elle s’était pour l’occasion adjointe une autre Reine (de la soirée).
Sur son chemin, elle croisait donc bien des gens.  Mais, elle redoutait toujours un grand dragon.  De ces créatures qu’on ne sait si elles nous veulent du bien ou du mal.  Une immense sylphide, dotée d’ailes démesurées.  Traversant le royaume, éclairant la nuit, parfois deux par deux.  Prenant deux voies de larges.  Celle qui détermine si on passera ou pas. Celle qui dicte notre vitesse à 30 km/h sur des kilomètres.  Crachant du sel, lançant des roches.  Plus puissante que la Reine des Neiges.  La vraie de vraie Reine de l’hiver.

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La charrue.

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Rôti d’orignal, sauce aux berries et village western

En cette belle fin de semaine de fin novembre, tous les jours dimanche s’en va jouer au chef dans une autre cuisine.  Je vous l’ai dit ici, j’adore aller cuisiner dans les cuisines des autres parce que les autres, ben, ils ont des lave-vaisselle.

IMG_3112On s’en va donc à Val-Marguerite tester l’orignal 2015.

Je prends ici une pause dans la recette pour vous parler en chemin d’un coin méconnu de la région.  Clarke City, village western.  Western comme dans film de cowboys, comme dans Lucky Luke.  Comme dans Daisy Town.

Clarke City est une ancienne petite ville industrielle près de Sept-Îles, avec qui elle est maintenant fusionnée.  Elle en constitue un « noyau urbain », tel qu’indiqué sur la pancarte.  Les gens y sont en réalité charmants, mais l’urbanisme de la ville invite à penser que les Dalton auraient pu s’y réfugier.

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Maintenant que vous connaissez ce charmant « noyau urbain », on continue notre route, on passe le golf, et on arrive à « Val-Marguerite ».  C’est un beau nom, hein!

Ce soir, on cuisine l’orignal.  Pas celui de la photo d’un article précédent, pas non plus celui qui a été aperçu au trou no 9 du golf Ste-Marguerite juste à côté, mais plutôt un orignal anonyme ayant malencontreusement croisé le chemin d’un as de la gâchette.   Attention, je vous dévoile un scoop:  cette recette ne sera pas vegan.  Mais il y aura des légumes.

Dans mon cas, l’étape numéro un est de me faire donner un morceau de viande.  Parce que dans ma naïveté mon aveuglement volontaire, la viande, ça pousse en emballage sous-vide identifié dans le congélateur.  Comme le papa de mon hôtesse a un tempérament de chasseur-cueilleur plutôt développé, on avait hier le choix entre le steak ou le rôti.  On a choisi le rôti, parce qu’il est beaucoup plus photogénique.  C’est important pour un ingrédient de recette de blogue d’être photogénique.

 

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Pour commencer, on marine la viande.  Pas compliqué, du vin, de la Dijon, des épices de Montréal et de la sauce Worcestershire.  Là, groupe, on fait un effort, c’est pas si difficile à dire: WORCESTERSHIRE.  Pratique toi dans ta douche, c’est dépassé depuis 2004, ne pas être capable de le dire. Demande moi pas les quantités, je ne le sais.  Goûte.  Balance tout ça.  Fais-toi confiance.  C’est ce que je fais et ça donne habituellement des bons résultats.  Sauf en 1996, quand la marinade des filets de porc goûtait le caramel à crêpe.  Ne pas mettre de la cassonade et ajouter ensuite du sirop d’érable.

Pendant que ça marine, grignote de la baguette avec des rillettes de canard, et si t’es chanceux, ajoute un peu de gelée de pimbinas.

IMG_3131Coupe-toi des légumes.  C’est bon pour toi les légumes.  De la courge butternut.  J’adore la courge butternut.  Elle est moins extravagante que sa sœur, la buttercup et nettement plus discrète que sa cousine, la citrouille d’Halloween, mais c’est elle la meilleure.  On devrait nommer la courge butternut reine des légumes du Québec.  Pourquoi a-t-on mangé de l’infâme navet pendant des décennies alors que la courge pousse bien, se conserve longtemps et est si bonne en potage?  Des zucchinis (dis pas courgette, courgette, ça fait drabe.  Alors que « zucchini », te voilà en Italie!).  Des asperges, des poivrons, des carottes. De l’ail.  Pas de l’ail de Chine, parce que c’est pas bon.  On en a eu la preuve encore hier.  Pourquoi y’avait pas d’ail du Québec chez Provigo?  Mets tous ces légumes sur une plaque huilée et mets ça au four que tu auras préalablement crinké à 400 degrés (amis Français, ici, on a froid en celcius, mais on popotte en Fahrenheit).  Retourne tout ça un moment donné, ferme le four quand ce sera prêt.  Je ne sais pas combien de temps.  Mets-toi des 5 minutes sur le minuteur de ton téléphone si ça te rassure, et répète ça quelques fois.  J’oubliais.  Cette recette sera « avec pas d’oignon ».  Pour des raisons éthiques.

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Sors la viande du frigo, sers-toi un verre de vin et grignote un autre bout de baguette.  Prend ta casserole à confiture, couvre le fond de berries*, ajoute de l’eau et un peu de sirop d’érable et mets ça à minimum.  On va s’en servir tantôt.

La viande a tempéré un peu?  Pars ton rond avec ta meilleure poêle, ici, on a une « The Rock » et fais revenir ta viande.

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Une fois cette étape accomplie, prends ta viande et mets-là à part dans une assiette.  Tu peux la mettre dans le four encore un peu chaud.  Si tu as un thermomètre, on veut la viande autour de 60-65 degrés (en celsius cette fois ci).  On sort tout ça du four ou de la poêle un bon 5 degrés avant.  Et on laisse le temps faire son œuvre, la viande se repose.  Relis ce paragraphe.  La cuisson, c’est vraiment la clé du succès pour la viande.  Tout est question de température et de temps de repos.  L’orignal mérite trois ou quatre degrés de plus que ta cuisson de bœuf préférée.

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IMG_3143Dans ta poêle que tu n’as surtout pas lavée, ajoute un peu de vin, le reste de la marinade, et les berries qui ont sûrement confituré en ton absence.  Dans cet ordre.  Ou à l’envers.  Idéalement, tu ajoutes du fond de veau ou quelque chose du genre, mais hier, le quelque chose du genre a été du Bovril au boeuf…  L’épicerie la plus proche est loin, à Val-Marguerite.   Laisse réduire, goûte, ajuste, rajoute surtout pas de sel si tu as mis du Bovril.  Et gâte-toi, ajoute un peu de crème..

Ton rôti s’est bien reposé, tu peux maintenant couper des beaux médaillons.  Laisse aller ta di Stasio intérieure, fais-toi une belle assiette, sers-toi un autre verre de vin et mets tes potins à jour avec ta chum de fille.  Parce que l’orignal, c’est pas juste une affaire de chasse.  Mais ce qui se dit à Val-Marguerite y reste.

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*berries: petit fruit rouge avec lequel grand-maman Cormier faisait des tartes, synonyme de graines rouge avec lesquelles grand-maman Chiasson fait des « slides ».  Socialement connu sous le nom d’ airelle vigne d’Ida.  Et ils en vendent aussi chez Ikéa.  Ressemble à une petite canneberge, mais nettement meilleure.

 

 

 

Ma sœur m’a échangée contre une perruche 

Aujourd’hui, tous les jours dimanche vous amène en pays aviaire…

Le printemps dernier, mes activités professionnelles m’ont amenée à 225 km de la maison, c’est-à-dire, à l’autre maison.  Chez nous, c’est Sept-Iles, où je paye des taxes municipales -j’essaie de faire ça à temps.  Mais chez nous c’est aussi à Havre-Saint-Pierre.  En fait, je suis chez nous partout.  Pour tout dire, mon filleul de trois ans et demi pense que j’habite également dans son sous-sol sur la Rive-Sud de Québec et que j’en ressors de temps en temps pour qu’on regarde ensemble des vidéos de train sur YouTube et pour tricher jouer avec lui à « Piou-Piou » (excuse-moi Raph, mais je les comprends pas, les règlements.  Pis elles viennent faire quoi les cartes de Toy Story avec le renard, le coq et les poules???). Je suis chez nous partout et en plus, les autres ont tellement des plus belles cuisines que la mienne.  Donc, je traine mon tablier, mon thermomètre à viande et je prends le contrôle des cuisines des autres.  Ça coûte moins cher en rénos et je peux garder mes sous pour voyager aller faire à souper à l’étranger.  De plus, les autres ont des lave-vaisselle.  Moi, je n’ai pas de lave-vaisselle, parce la dernière fois où j’ai eu un plan concret de rénos de cuisine, j’ai finalement acheté un billet pour la Grèce.  La fois d’avant c’était la Corse (ou l’Allemagne…).

J’ai donc pris cet été pension chez ma sœur et mon beau-frère.  En prenant du coup le contrôle de leur bbq.  Dans mon royaume culinaire, je suis la reine autoproclamée du bbq, avec de bons et loyaux sujets (quelquefois, je soupçonne par contre une certaine rébellion dans les troupes.  Mais je vais finir par le comprendre, le fonctionnement du bbq Weber de la rue Laurier!!!).  Je suis pas pire, sérieux.  J’ai même pris un cours en 2013.  Un samedi matin.  Étrange expérience, on a testé des ribs fumés à 9h30, mais avec une bière en canette, ça avait fini par passer.

L’été s’est terminé, j’ai finalement quitté mon île pour retourner à la maison (celle où je paye des taxes). Et il a suffit de quelques jours pour que mes logeurs ressentent dou-lou-reu-se-ment mon absence, et à mon passage suivant, j’ai vu qu’ils n’avaient pas eu le choix de me remplacer.

Par une perruche.

 
Loulou qu’elle s’appelle.  Si c’était pour me remplacer qu’ils l’ont adoptée, c’est pas gagné.  À la liberté de voler, Loulou préfère sa cage.  Loulou n’aime pas goûter les nouvelles affaires et fait un détour (dans sa cage, c’est pas facile) pour ne pas voir le mini-morceau de mandarine ou de concombre qu’on lui offre.  Tout le contraire de moi.  Loulou se contenterait de branches de millet.  Moi, les branches de millet…    Loulou a peur de la boule de Noël que ma soeur lui a gentiment mis dans sa cage alors que moi, j’ai gardé des boules de Noël allumées non-stop dans ma fenêtre de salon pendant 4 ans.  True story, demandez à la voisine!    Loulou n’est pas de ces perruches qui parlent.  Ça viendra peut-être.  Moi, je ne suis pas une perruche, mais…  je parle!

Live des records guinness 1982Je me demandais donc pourquoi, au milieu de tous les êtres vivants disponible, ils avaient choisi Loulou pour me remplacer. Non, mais me semble, un petit Mogwai?  Si on ne lui donne pas d’eau après minuit, ça reste gentil et ça ne se transforme pas en affreux Gremlin.  Ou un si minuscule singe comme celui qu’il y avait sur le Livre des record Guinness 1982? Encore heureuse de ne pas avoir été remplacée par Bottine, la mouffette du film éponyme…

Je crois donc sincèrement, et ce n’est pas par jalousie, qu’ils se sont faits avoir à l’échange.  Parce que Loulou, en plus d’avoir une alimentation pas très diversifiée, elle ne fait pas le souper.  Elle se tient même très loin du bbq (peut-être avec raison…on aime beaucoup le poulet avec la canette dans la famille.  Mais les canettes sont grosses et Loulou petite, je ne m’inquiéterais pas trop si j’étais elle).

Hier, j’ai découvert pourquoi.  Pourquoi ils m’avaient échangée contre une perruche.  En finissant ma journée et en allant nonchalamment nerveusement voir si j’avais de nouveaux abonnés sur la toute nouvelle page de « tous les jours dimanche » , j’ai vu que Loulou avait sa propre page Facebook.  Étrange, puisqu’elle n’a pas d’ordi dans sa cage.  Et que la seule tablette qu’elle possède est un perchoir où elle s’installe pour manger ses branches de millet (le Millet est tendance.., faites attention, c’est peut-être la nouvelle graine de lin (tellement 2005….) ou de chia -soooo 2013).  En fait, la seule activité qui intéresse Loulou est de regarder passer les marcheurs par la fenêtre (bon, je lui accorde, ça peut occuper une perruche à temps plein, les marcheurs.  Surtout au Havre. Parce qu’on se le cachera pas, il n’y a aucune place au Québec et peut-être même au monde où ça marche autant qu’au Havre).  Un oiseau qui observe les humains.  Un espèce d’ornithologue inversé.

Donc Loulou est sur Facebook.  Et je n’ai pas mis de temps à élucider le mystère.  Je suis pas pire pour découvrir le fin mot des histoires.

On retourne il y a quelques mois.  Quelque part en juillet ou en août, je me suis intéressée au fait qu’à la maison, on parlait beaucoup de débloquer les indices, de chercher les preuves ou de je ne sais quelle autre enquête.  À part le fait qu’on est des fans de NCIS (avez vous remarqué que Gibbs, c’est le prof déjanté de Classes Vacances?  Oui, c’est là que vous l’aviez déjà vu!), on n’est pas membres des forces de l’ordre personne.  Ils (ma sœur et mon beau-frère, vous suivez?) m’ont alors expliqué qu’ils parlaient de Criminal Case.  Un autre de ces jeux addictifs. Avec tout l’enthousiasme dont je suis capable, je me suis mis à enquêter, trouver les indices, débloquer mes amis des tableaux où ils étaient pris.  Pendant 3 jours.  Peut-être 4.  J’ai par la suite tout abandonné comme je l’avais fait auparavant avec mon village Schtroumpf, Trade Nations, Candy Crush et autres Trivia Crack (Avez-vous essayé 2048?  Je joue jours et nuits à 2048.  Depuis 4 jours.  Ça sent la fin).  Je suis comme ça.  J’envoie mon schtroumpf-quipage en schtroumpf-bateau sur le schtroumpf-céan et je laisse seuls à eux-mêmes.  Ils me texteront quand ils découvriront l’Inde. Ou l’Améri-schtroumpf.  Pour Criminal Case, la seule chose qui m’attriste est que mon chien policier, un sympathique Cavalier King Charles, est probablement mort de faim.

Donc, Loulou est sur Facebook je disais.  En regardant de près son profil (elle m’a acceptée comme amie, c’est gentil), je me suis rendue compte qu’à part le millet et l’ornithologie inversée, Loulou s’intéressait aussi à Criminal Case.

ET VOILÀ POURQUOI ILS M’ONT REMPLACÉE PAR UNE PERRUCHE!  Pour récupérer ses indices et recevoir de l’énergie de sa part à Criminal Case!  Loulou joue à Criminal Case depuis le 19 septembre, alors que moi j’ai abandonné après 3 jours.  Ou peut-être 4.

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Mais Loulou ne cuisine pas.  Moi oui.

Place of birth/Lieu de naissance

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Promenade des Anciens, Havre-Saint-Pierre, septembre 2015

Au début de tous les jours dimanche, je vous avais écrit qu’on y parlerait de la vie en région mais je me suis égarée en France, sur le chemin de Damas, dans le monde des fourmis.  Le monde nous y a amené. Et peu importe à combien de kilomètres des évènements on vit, on est tous un peu sur place.  Mais aujourd’hui, c’est dimanche et on revient à la maison.  Qui se situe à Havre-Saint-Pierre ou à Sept-Iles, selon l’occasion (c’est quoi, 225 km de 138 après tout!).

Je suis née ici. Mon passeport, qui me sert à voir le monde plutôt qu’à affirmer ma nationalité indique Havre-Saint-Pierre comme lieu de naissance. C’est comme ça. Une immense chance. Un karma. Ou le résultat de la rencontre d’un Cayen et d’une Paspaya qui ont décidé d’y  revenir après avoir été construire Fermont à mains nues (mais avec des mitaines).

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On va régler l’accent. Le monde de chez moi a une relation ambigue avec la lettre « r », utilise certaines expressions typiques et caractéristiques.  Mais on ne s’attardera pas là-dessus.  Parce que je vous connais, vous seriez tentés de nous imiter et ça vire toujours plus ou moins à la catastrophe ou minimalement au gros malaise.  Vous savez quand un Français décide d’imiter l’accent québécois et qu’il place inadéquatement des sacres démesurés dans ses phrases?  Ben toi le québécois pas du Havre, quand tu nous imites, c’est le même combat (À tous mes amis Français, je suis désolée de vous l’apprendre si abruptement.  Mais: STOP IT.  Ne nous imitez pas.  C’est même pas ressemblant.  En échange, je promets d’arrêter de rire de votre accent quand vous parlez anglais).  Une autre chose qu’on va régler, mon cas à moi. Non, je ne l’ai pas « tant que ça », ce fameux accent.  C’est correct, on me l’a assez dit.   Non, c’est pas parce que j’ai honte. Je le trouve plutôt chantant cet accent et il sort parfois au détour d’une bouteille de vin avec les filles. Parce que venir de Havre-Saint-Pierre c’est aussi garder les mêmes amies depuis toujours.  Ce sont les cousines. Ou les pas cousines. Qui sont cousines entre elles. Mais non, on n’est pas consanguins. Bah, peut-être que oui, mais pas plus que vous.

Pour moi, la moyak* ou les plaquebières**, ce n’est pas exotique, on n’appelle pas ça de la cuisine du terroir. C’est juste des ingrédients comme d’autres, cuisinés dans un chaudron noir ou en tarte qu’on mange de temps en temps. Entre un filet de porc, un gâteau Crunchie ou du ragoût de boulette en canne (mais ça, j’en mange plus. Je trouve ça trop exotique).  Et toutes les recettes de Ricardo. Nous aussi, quand on tape un ingrédient sur google, on tombe sur Ricardo.  Sauf « moyac » et « plaquebière ».  Ricardo n’est pas encore rendu là!   Il y a aussi « tous les jours dimanche » qui dépasse Ricardo avec fierté si les mots clés sont « type + sauce + mottons ».  On travaille le référencement comme on peut.

J’aime la même musique que le monde « de la ville ». Il y a quatre ans, quand tout le monde est allé voir U2 à l’Hippodrome, mes 15 chums pis moi on y est allés aussi.  En métro.  Sauf qu’on dormait aux Gouverneurs Place Dupuis. Y’a deux ans, mes 7 chums pis moi on est allés se faire chier sur les plaines pour pas voir Madonna. C’était pas bon, hein?  On essaie d’aller au Festival de la chanson de Tadoussac,  découvrir les artistes émergents, c’est à côté, à peine 500 km.  Comme toi, on fréquente (pas assez) nos belles salles de spectacle.  Ça va te faire plaisir, la salle flambant neuve de Havre-Saint-Pierre s’appelle  la Shed à Morue.  C’est cool comme nom, non?  En tout cas, si t’aimes pas ça, mêle toi z-en pas.  Tu t’attaquerais à plus gros que tu penses!  J’aime la même musique que le monde de la ville. Sauf qu’entre le nouveau Adèle et un Tire le Coyote, moi, j’ai la larme à l’œil en écoutant Perce les nuages de Paul Daraiche, qui pour nous n’est pas une nouveauté intéressante venant d’obtenir son droit de passer en entrevue à Radio-Canada.   Mais j’ai le même mouvement d’étonnement que vous en écoutant du mauvais country.  Le même qu’en écoutant du mauvais « Easy Listening » ou du déprimant « Chill Lounge ».

Je l’avoue, j’étouffe souvent un sursaut d’impatience quand j’entends une généralité émise par un étrange (fâche toi pas, c’est un mot gentil, je le dis avec un sourire en coin!). « Le monde au Havre » est individuellement tout aussi différent l’un de l’autre que ton voisin de palier, ton notaire et toi. Ils partagent le même espace géographique. Ils aiment juste un peu plus le ski-doo qu’un bobo du Plateau, mais c’est peut-être juste parce le terrain de jeu pour en profiter est à côté et qu’un bixi, c’est pas pratique sur la Promenade des Anciens. Pas plus qu’une Vespa sur la 138.  Pis je vais te dire un secret…  on n’est pas tous gentils.  En tout cas, pas tout le temps.

Une autre chose.  Chez nous, c’est pas la campagne.  Je comprends rien là dedans, moi, la campagne.  Les fermes, la culture du blé d’Inde, même le sirop d’érable est un produit qui m’apparait en conserve chaque printemps et pour lequel je ne vois pas la différence entre celui de cette année et celui de l’an passé…  La vache la plus près vit paisiblement sa vie de ruminant à plus de 500 km d’ici.  500 km, en distance nord-côtière, c’est pas assez loin pour s’empêcher d’aller y magasiner, c’est pas assez loin pour avoir changé de région administrative, mais c’est assez loin pour ne pas y connaitre le nom de la vache.  Et il est toujours question de bovin.  Vois-tu, chez nous, on est plus pêche à la morue (elle revient, elle revient..) et on vire complètement fous aux premiers débarquements de crevette et de crabe.

Maintenant qu’on a planté le décor, garni d’épinettes rabougries, d’une mer plus belle que dans le Sud et de gens chauvins (attention: moi j’ai le droit de le dire, mais pas toi!) mais attachants, je te promets qu’on y reviendra.  On va parler de météo, de recette, de moi, de produits de chez nous, de route, d’économie.

P.S.: Non, je connais pas Stéphane de Ragueneau.

*  moyac: eider à duvet: oui, on mange l’oiseau qui porte les plumes qui gonfle ton Canada Goose.

** plaquebière: aussi appelé chicoutai, mûre des marais, le vrai nom est ronce petit-murier et ils en vendent chez Ikea.