Roadtrip hivernal

Gilles Vigneault l’a écrit, notre pays n’est pas un pays c’est l’hiver et notre chemin n’est pas un chemin c’est la plaine.  Je sais exactement de quoi il chante, je viens du même pays que lui.  Tout comme vous, arrive janvier et je reluque les spéciaux tout-inclus-si-simples-et-si-peu-chers.  J’y ai même succombé l’hiver passé (Jamaica!!!), et une ou deux autres fois.  J’ai aussi déjà bifurqué un février passé entre le Panama et Playa del Carmen pour finalement choisir Paris dans le menu déroulant en ordre alphabétique d’un site de voyage à rabais.  J’avais pas regretté.  Montmartre en hiver, c’est plus froid, mais c’est plus chaleureux qu’en été.

Cet hiver, pas de plage de sable chaud.  Entre deux chèques de paye, j’ai eu une offre que je ne pouvais refuser, et comme « j’avais un char…   je suis aller virer su’l’bord, d’la Gaspésie ».  Quelques semaines à deux pieds joints dans mon ancienne vie.  Je vous en parlerai plus longuement dans les prochaines semaines de cette Gaspésie hivernale, mais pendant que défilaient les kilomètres de 138 et de 132, pendant que je traversais le St-Laurent sur le bateau flambant neuf (prononcer: noeud!), je me suis dit: faut que j’en parle à tout le monde:  au moins une fois dans votre vie, laissez faire le Sud en hiver pour y préférer l’Est.

Cet hiver, voyagez où votre piasse vaut une piasse.  Cet hiver, venez nous voir.

Sept-Iles-Percé.  590 km.  Selon le chemin choisi.  Sur la Côte-Nord, on ne se perd pas, la 138 est la seule et l’unique.  En Gaspésie, on a le choix.  Suivre la 132.  D’un bord.  Ou de l’autre.  Ça fait le tour.  Bifurquer sur la 299.  Ou choisir la 198.  590 km roulés presque d’une traite.  Entre les deux, on se tape la croisière nordique. J’ai même vu une baleine samedi passé.

Arrêtez de capoter.  Il ne neigeait pas.  Pas de nouveau flocons tombés non plus depuis mon arrivée.  Je vous dévoile un secret bien gardé, les plus beaux roadtrips nord-cotiers et gaspésiens se font souvent en hiver.   En hiver, la mer est turquoise, les sapins sont pleins de neige, les montagnes sont enneigées.  Et puis…  vous n’êtes pas là! 

C’est pas qu’on vous aime pas, on vous aime plutôt bien.  Mais quand vous arrivez en gang, en juillet, on n’a pas le temps de se parler.  Vous êtes entre vous, vous avez une liste longue de même de chose à faire et vous non plus n’avez pas le temps de nous parler.  De toutes façons, en juillet, nous on va vous voir.  On est tous le touriste de quelqu’un.

Prenez congé un vendredi.  Pis un lundi.  Prenez donc une semaine.  Vous le prenez bien pour les buffets cubains, vous pouvez l’essayer pour un St-Hubert à Rivière-du-Loup.   Bon, vous allez me dire: oui, mais on couche où en Gaspésie ou sur la Côte-Nord, en février?  Je vous répondrai: vous dormirez ben où vous voulez!  Bon, les hôtels de Percé sont peut-être fermés, mais l’été, sont pleins.  Continuez quelques kilomètres plus loin et Gaspé ou Chandler vous accueillera.  Mais arrêtez prendre une bière au Pub Pit Caribou.  Toutes les petites villes de la Gaspésie ont au moins un petit resto cute et pas mal meilleur au goût que le buffet pas de pain le mercredi de Varadero.

Et la Côte-Nord…  la Côte-Nord!  Regarde ce beau ciel nord-côtier, et dis moi que tu n’as pas le goût de rouler avec tes lunettes soleil en regardant la neige briller sur les épinettes?

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590 kilomètres, pas l’ombre d’une tempête.  On voit un pont et on ne pense pas embouteillage, on regarde si les cabanes à pêches sont installées.  On voit une plage et on met nos bottes chaudes et on va respirer.

On voit le Rocher de l’autre côté.  Et y’a plein de parcs à bateaux.  Pis un bateau en cale sèche l’hiver, c’est dans le top ten des patentes les plus photogéniques au MON-DE.  Avec les bébés aux grands yeux, les glaçons qui fondent pis un tartare de saumon.  Pis des bébés aux grands yeux, des glaçons qui fondent pis des tartares de saumon, on a ça des deux bords du grand fleuve.

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Go.  Un petit roadtrip avec 200 km par jour.  Des fois 150.  C’est beau partout en hiver.  Et si par malheur la tempête du siècle s’abat sur ton motel, garde ta chambre une nuit de plus.  Et fais-toi inviter à souper.  En février, on va être contents de te garder!

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Pis tu as le temps en masse de préparer ton roadtrip hivernal dans l’Est du Québec.  Fred, la marmotte de Val-d’Espoir nous a prédit ce matin un printemps tardif!

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La planification du chemin de(puis) Damas

Route de Damas
La route de(puis) Damas

tous les jours dimanche, des fois, c’est aussi un temps d’arrêt.

Quand la folie s’empare de nos compatriotes, il devient tentant et c’est de bonne guerre, d’essayer de les comprendre.  C’est pas facile quand on ne part pas du même point de départ.  Si on parle de Boston qui mène la série 3-0 contre les Canadiens, je me rabats sur Paul Houde.  Il a une statistique qui m’éclairera (même s’il prend pour Chicago).  Mais quand la fin du monde dépasse 7h sur les réseaux sociaux, et qu’il s’agit de xénophobie, d’ignorance et de refus d’accueillir des gens qui ont besoin de nous, on cherche un peu plus loin.  Notre point de départ peut être Damas.  Ou le site de Radio-Canada…

J’avais loupé cet article de Michel C.Auger paru mardi: Trudeau: entre les principes et les modalités .  En résumé, il craint que le premier ministre du Canada se soit tellement concentré sur les modalités de l’accueil des réfugiés syriens qu’il en ait perdu de vue le principe.  Et il me permet par son texte de mettre le doigt sur un point qui me chicotait avec l’accueil des réfugiés Syriens (et sur ce qui fait que plusieurs de mes compatriotes freakent comme si la vie ici était Homeland.  On s’entend, ma pensée est à des années lumières de ceux qui sont persuadés que les Syriens s’en viennent armés nous convertir et infiltrer nos institutions.  Je vais le dire en partant:  si c’est ce que vous croyez, passez votre chemin – de Damas ou d’ailleurs-, on n’est pas faits pour s’entendre sur ce point…)

J’ai été formée pour planifier. Toutes les universités québécoises nous offrent une panoplie de cours pour apprendre à le faire.  On détermine le but à atteindre, on se donne un plan pour s’y rendre. « Quoi, pourquoi, comment,  quand ».  Ma philosophie: on se prépare le mieux possible.  Parce qu’on sait que l’imprévisible va inévitablement se produire.  Mais notre cerveau est une formidable machine et il ressortira au moment opportun les pièces de notre plan qui s’adapteront à la situation qui n’était pas prévue.  Mais il faut pour ça avoir un plan.  Sinon, ce n’est qu’improvisation.

Dans quelques semaines, nous deviendrons une terre d’accueil pour ces gens qui fuient la peur.  Pensez-y, il faut avoir très peur pour fuir son pays.  Nous passons six mois par année à pester contre l’hiver et nous ne pensons pas à fuir.  On chiale, on s’achète un billet pour le Sud et on revient dans la neige de mars une semaine plus tard en chialant encore mais en se disant « Home Sweet home ».  Ces Syriens fuient un pays qui fut superbe.  Mais où les djihadistes détruisent la beauté au même rythme qu’ils construisent l’horreur.  Ces Syriens fuient leur pays.  Leur maison.   Ils fuient leur Vieux-Québec, leur Stade et leurs centres d’achats à eux.  Ils fuient leur Havre-Saint-Pierre à eux.  Ils quittent leur monde à eux.  Sans « Home, Sweet Home » à l’horizon.

Je ne doute pas qu’un peu partout au Canada, au Québec, des fonctionnaires et des groupes de citoyens s’affairent à préparer l’arrivée des réfugiés Syriens (qui, je vous le rappelle, ne se sont pas réveillés à Damas vendredi dernier en disant « ah oui, le Canada, je pars – armé et dangereux-  pour le Canada « …  les gens que nous accueillerons se sont réveillées vendredi dernier dans un camp de réfugiés quelque part en Jordanie, en Allemagne ou en Grèce.  En ayant déjà subi moult contrôles en chemin.  Et en regardant l’horreur se produire à Paris leur rappelant l’horreur qu’ils avaient eux-mêmes quittée).

Un camp d'hébergement à Munich le 7 septembre 2015
Un camp d’hébergement à Munich le 7 septembre 2015 Source: RFI

Mais de la part de nos élus, on discute d’une chose:  « Avant Noël ».  Et de discourir si avant Noël, c’est faisable, ou réaliste, ou si c’est trop tôt… Déjà que tout est fermé le 25…

Savez-vous quoi? Après Noël, ce ne sera pas non plus trop tard.  Quoique, on pourrait également les choisir dans le catalogue Sears, nos réfugiés, et en plus profiter de la promotion « commandez avant le 1er décembre et ne payez pas la livraison ».  Mais savez-vous quoi (en plusse)?  Il n’y en aura pas de rabais, sur nos réfugiés, si on les reçoit avant le 25 décembre.  Avant Noël, ce n’est pas l’enjeu, ce n’est pas l’objectif.  C’est le deadline.  Et le deadline, même pour les journaux il n’est plus si important.  Donc, on peut aussi les attendre pour le 31, ou pour les Rois.  On le commencera plus tard, notre Calendrier de l’Avent.  De toutes façons, on n’a pas fini nos bonbons d’Halloween.  On peut même attendre à la Saint-Valentin.  Mais pas la semaine des quatre jeudis. Non.  Sur ce blogue, c’est tous les jours dimanche et on n’attend pas la semaine des quatre jeudis pour agir.

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Camp de réfugiés en Jordanie.  Source: Amnesty international

Messieurs et Mesdames nos élus, j’aimerais que vous expliquiez correctement à mes compatriotes votre planification de l’arrivée des réfugiés syriens.  Selon les règles de l’art: quoi, pourquoi, comment. Laissez faire le « quand », je crois qu’on l’a compris. Est-ce qu’on pourrait parler d’enjeux?  De principes? Certains seront surpris de l’apprendre, mais dans ma carrière d’étudiante universitaire qui s’est étalée sur deux décennies, j’ai beaucoup travaillé et j’ai appris à appréhender une situation selon l’enjeu qu’elle représente.  Sur ce qu’on a à perdre et à gagner en bougeant.  En ne bougeant pas.   J’ai appris et essaie d’appliquer les principes du win-win dans une négociation.  Et on ne me sortira pas de la tête que dans les cas présent, le Québec a tout à gagner et les Syriens ont déjà tellement perdu.

Je compte bien sur le fait qu’avec nos impôts, nos institutions et nos structures, mais surtout avec notre cœur, nous accueillions 25 000 réfugiés syriens.  Peut-être pas avant Noël.     C’est pas ça qui est important.

Et dans un an ou deux, on bouclera la planification avec la rétroaction et le bilan de l’arrivée de ces gens dans nos vies.  Dans ce que j’ai appris sur les bancs d’école, ça fait aussi partie d’une bonne stratégie, des étapes de la planification.  J’ai entendu dire qu’ils avaient également de très bonnes universités à Damas et à Alep.  Des bons collèges, des écoles modernes.  Nos nouveaux compatriotes qui seront d’ici là devenus citoyens québécois d’origine syrienne ou résidents permanents, peu importe, ils seront nos voisins et collègues, nos amis, certains entreront peut-être dans vos familles (bouh!)  et ils participeront avec nous à cet exercice de bilan.  Il n’en tient qu’à nous qu’il soit positif.  Et un peu à nos élus…

Et bien-aimés compatriotes canadiens et québécois, ainsi que citoyens du monde entier qui liront mon article, je vous informe de ceci: les commentaires sur ce blogue sont modérés.   Par moi-même en personne. Les commentaires racistes, xénophobes, fermés d’esprit ne passeront pas la censure que j’y impose. Je serai impitoyable.  Aussi impitoyable que les jugements gratuits que j’ai lus récemment.

C’est toutefois à vous, et non aux Syriens, que je souhaite de trouver votre chemin de Damas.