La princesse et la charrue (conte routier)

Il était une fois, dans un royaume situé au nord du 50ème parallèle, une princesse,  ayant échangé son carrosse japonais à transmission manuelle contre une fougueuse monture « all wheel drive », monture qui parcourait les la routes de ce royaume, chaussée de godasses de  marque française, des Michelin X-Ice (des pneus comme des souliers, la mode y est française ou italienne, les X-Ice ont été gracieusement offerts par les marchands du temple – le concessionnaire.  Mais je préfère encore mes anciens Blizzak, ou encore ces bons vieux Nordik Icetrak de la Tirelire Canadienne, recommandés jadis par le roi de la conduite hivernale, feu mon père).

La princesse avait été élevée avec les plus hauts standards de la conduite en public.  « Colle pas la voiture devant toi » (tu la connais à peine), « freine pas pour rien, ralentis avant » (c’est pas comme si la courbe avait pas été annoncée), « le camionneur est ton ami » (organise toi pour qu’il te voit dans ses miroirs).  Elle « tcheckait son alpeur (mot carolinien signifiant « helper »), comme on lui avait appris.  Elle trainait avec elle depuis 20 ans le kit que son père lui avait offert en lui disant: « on sait jamais »  (des câbles à booster, une couverte de laine datant du galion de son grand-père, un roi acadien ayant affronté les Sept Mers , trois chandelles et une pelle Transformer pouvant devenir tout à la fois des panneaux réfléchissants, des tracks à neige, pis.. une pelle.  Et un petit couteau suisse.  On peut toujours se sauver la vie avec un petit couteau suisse.  Elle renouvelait annuellement les barres tendres, la bouteille d’eau et les hot shots et oubliait systématiquement de trainer un sac de sable, comme il était prescrit).  La princesse se stationnait de reculons toutes les fois que la neige était annoncée.  Et en vieillissant, elle décidait à l’occasion de rester stationnée quand la neige était annoncée.  Pas souvent, c’tait pas une moumoune.  Mais des fois, la route, même quand elle est juste « critique », (même pas fermée…), ben, elle est moins notre amie.

Et sur la route, il y a plein de méchants.  Le premier petit cochon avec sa maison en paille et ses tires su’a fesse.  Le grand méchant loup en invincible F150 qui dépasse 3 voitures et 2 vannes, mais qu’on retrouve dans le fossé 6 kilomètres plus loin (quand on dépasse des filées de vannes, on les voit pas les pancartes prévenant les courbes).  Le nain (ou le Schtroumpf?) Dormeur et la Belle au bois dormant qui cognent des clous au volant.  Blanche-Neige qui texte.  Hansel et Gretel qui parsèment la route de verres Tim Hortons (question de retrouver leur chemin?).  Le Chat Botté, en bottes des Sept-Lieux, qui croit que la route lui appartient.

Ah oui, la princesse croisait bien des gens sur sur chemin.  Quand l’hiver arrivait, elle décorait la monture japonaise d’une jolie boucle de circonstances et elle partait avec Nounours visiter les amis et la parenté.   

 Elle aurait bien aimé que les magiciens japonais inventent un truc pour ne pas être obligée de mettre du lave-glace aux 200 kilomètres dans certaines conditions, mais elle les remerciait quand même d’avoir pensé à faire un réservoir qui contenait un bidon au complet.  Et les louangeait pour les sièges chauffants.  La princesse avait parcouru le Royaume en entier et les Royaumes voisins.  La Gaspésie via Murdoch-où-la-neige-a-été-inventée.  Le Saguenay-fa-là-là.  Elle s’était même une fois (une fois n’est pas coutume… la duchesse aux cheveux de feu épousait, en velours vert, son Prince Charmant) aventurée jusqu’en Abitibi.   Un 28 décembre.  À Val-d’Or (heille, on va se le dire, c’est loin Val-d’Or…)  Elle s’était pour l’occasion adjointe une autre Reine (de la soirée).
Sur son chemin, elle croisait donc bien des gens.  Mais, elle redoutait toujours un grand dragon.  De ces créatures qu’on ne sait si elles nous veulent du bien ou du mal.  Une immense sylphide, dotée d’ailes démesurées.  Traversant le royaume, éclairant la nuit, parfois deux par deux.  Prenant deux voies de larges.  Celle qui détermine si on passera ou pas. Celle qui dicte notre vitesse à 30 km/h sur des kilomètres.  Crachant du sel, lançant des roches.  Plus puissante que la Reine des Neiges.  La vraie de vraie Reine de l’hiver.

——

La charrue.

Deneigement_route

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3 réflexions sur “La princesse et la charrue (conte routier)

  1. J’arrive à notre maison-mère du Havre, venant de notre filiale fraternelle, le chalet des Quatre Chemins. Nuit de la première neige cette année au royaume du Bonhomme hiver. Il y avait tout juste assez de bourasques de neige pour me mettre dans l’ambiance pour bien apprécier ton blog. On a même rencontré un gros dragon jaune qui crache du sable et du sel… (avec le feu dans les yeux).

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