Place of birth/Lieu de naissance

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Promenade des Anciens, Havre-Saint-Pierre, septembre 2015

Au début de tous les jours dimanche, je vous avais écrit qu’on y parlerait de la vie en région mais je me suis égarée en France, sur le chemin de Damas, dans le monde des fourmis.  Le monde nous y a amené. Et peu importe à combien de kilomètres des évènements on vit, on est tous un peu sur place.  Mais aujourd’hui, c’est dimanche et on revient à la maison.  Qui se situe à Havre-Saint-Pierre ou à Sept-Iles, selon l’occasion (c’est quoi, 225 km de 138 après tout!).

Je suis née ici. Mon passeport, qui me sert à voir le monde plutôt qu’à affirmer ma nationalité indique Havre-Saint-Pierre comme lieu de naissance. C’est comme ça. Une immense chance. Un karma. Ou le résultat de la rencontre d’un Cayen et d’une Paspaya qui ont décidé d’y  revenir après avoir été construire Fermont à mains nues (mais avec des mitaines).

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On va régler l’accent. Le monde de chez moi a une relation ambigue avec la lettre « r », utilise certaines expressions typiques et caractéristiques.  Mais on ne s’attardera pas là-dessus.  Parce que je vous connais, vous seriez tentés de nous imiter et ça vire toujours plus ou moins à la catastrophe ou minimalement au gros malaise.  Vous savez quand un Français décide d’imiter l’accent québécois et qu’il place inadéquatement des sacres démesurés dans ses phrases?  Ben toi le québécois pas du Havre, quand tu nous imites, c’est le même combat (À tous mes amis Français, je suis désolée de vous l’apprendre si abruptement.  Mais: STOP IT.  Ne nous imitez pas.  C’est même pas ressemblant.  En échange, je promets d’arrêter de rire de votre accent quand vous parlez anglais).  Une autre chose qu’on va régler, mon cas à moi. Non, je ne l’ai pas « tant que ça », ce fameux accent.  C’est correct, on me l’a assez dit.   Non, c’est pas parce que j’ai honte. Je le trouve plutôt chantant cet accent et il sort parfois au détour d’une bouteille de vin avec les filles. Parce que venir de Havre-Saint-Pierre c’est aussi garder les mêmes amies depuis toujours.  Ce sont les cousines. Ou les pas cousines. Qui sont cousines entre elles. Mais non, on n’est pas consanguins. Bah, peut-être que oui, mais pas plus que vous.

Pour moi, la moyak* ou les plaquebières**, ce n’est pas exotique, on n’appelle pas ça de la cuisine du terroir. C’est juste des ingrédients comme d’autres, cuisinés dans un chaudron noir ou en tarte qu’on mange de temps en temps. Entre un filet de porc, un gâteau Crunchie ou du ragoût de boulette en canne (mais ça, j’en mange plus. Je trouve ça trop exotique).  Et toutes les recettes de Ricardo. Nous aussi, quand on tape un ingrédient sur google, on tombe sur Ricardo.  Sauf « moyac » et « plaquebière ».  Ricardo n’est pas encore rendu là!   Il y a aussi « tous les jours dimanche » qui dépasse Ricardo avec fierté si les mots clés sont « type + sauce + mottons ».  On travaille le référencement comme on peut.

J’aime la même musique que le monde « de la ville ». Il y a quatre ans, quand tout le monde est allé voir U2 à l’Hippodrome, mes 15 chums pis moi on y est allés aussi.  En métro.  Sauf qu’on dormait aux Gouverneurs Place Dupuis. Y’a deux ans, mes 7 chums pis moi on est allés se faire chier sur les plaines pour pas voir Madonna. C’était pas bon, hein?  On essaie d’aller au Festival de la chanson de Tadoussac,  découvrir les artistes émergents, c’est à côté, à peine 500 km.  Comme toi, on fréquente (pas assez) nos belles salles de spectacle.  Ça va te faire plaisir, la salle flambant neuve de Havre-Saint-Pierre s’appelle  la Shed à Morue.  C’est cool comme nom, non?  En tout cas, si t’aimes pas ça, mêle toi z-en pas.  Tu t’attaquerais à plus gros que tu penses!  J’aime la même musique que le monde de la ville. Sauf qu’entre le nouveau Adèle et un Tire le Coyote, moi, j’ai la larme à l’œil en écoutant Perce les nuages de Paul Daraiche, qui pour nous n’est pas une nouveauté intéressante venant d’obtenir son droit de passer en entrevue à Radio-Canada.   Mais j’ai le même mouvement d’étonnement que vous en écoutant du mauvais country.  Le même qu’en écoutant du mauvais « Easy Listening » ou du déprimant « Chill Lounge ».

Je l’avoue, j’étouffe souvent un sursaut d’impatience quand j’entends une généralité émise par un étrange (fâche toi pas, c’est un mot gentil, je le dis avec un sourire en coin!). « Le monde au Havre » est individuellement tout aussi différent l’un de l’autre que ton voisin de palier, ton notaire et toi. Ils partagent le même espace géographique. Ils aiment juste un peu plus le ski-doo qu’un bobo du Plateau, mais c’est peut-être juste parce le terrain de jeu pour en profiter est à côté et qu’un bixi, c’est pas pratique sur la Promenade des Anciens. Pas plus qu’une Vespa sur la 138.  Pis je vais te dire un secret…  on n’est pas tous gentils.  En tout cas, pas tout le temps.

Une autre chose.  Chez nous, c’est pas la campagne.  Je comprends rien là dedans, moi, la campagne.  Les fermes, la culture du blé d’Inde, même le sirop d’érable est un produit qui m’apparait en conserve chaque printemps et pour lequel je ne vois pas la différence entre celui de cette année et celui de l’an passé…  La vache la plus près vit paisiblement sa vie de ruminant à plus de 500 km d’ici.  500 km, en distance nord-côtière, c’est pas assez loin pour s’empêcher d’aller y magasiner, c’est pas assez loin pour avoir changé de région administrative, mais c’est assez loin pour ne pas y connaitre le nom de la vache.  Et il est toujours question de bovin.  Vois-tu, chez nous, on est plus pêche à la morue (elle revient, elle revient..) et on vire complètement fous aux premiers débarquements de crevette et de crabe.

Maintenant qu’on a planté le décor, garni d’épinettes rabougries, d’une mer plus belle que dans le Sud et de gens chauvins (attention: moi j’ai le droit de le dire, mais pas toi!) mais attachants, je te promets qu’on y reviendra.  On va parler de météo, de recette, de moi, de produits de chez nous, de route, d’économie.

P.S.: Non, je connais pas Stéphane de Ragueneau.

*  moyac: eider à duvet: oui, on mange l’oiseau qui porte les plumes qui gonfle ton Canada Goose.

** plaquebière: aussi appelé chicoutai, mûre des marais, le vrai nom est ronce petit-murier et ils en vendent chez Ikea.

 

 

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4 réflexions sur “Place of birth/Lieu de naissance

  1. Première lecture que je fais de ton blogue, et j’adore ta plume…tu m’as fais sourire et même éclater de rire!! Bien que l’on ne se connaisse pas vraiment…j’ai l’impression que l’on a vécu ou vit encore des situations semblables…Merci de l’avoir partagé!!

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