Dans 24-23-22 …

Quand on trouve que la vie, c’est tous les jours dimanche, on peut supposer qu’en décembre, c’est tous les jours Noël.

IMG_3165Oh, ne vous méprenez-pas.  Je ne suis pas de ces hystériques qui font leur sapin à la mi-novembre.  Comme ma sœur.  Qui m’avait toujours interdit de sortir mes lumières avant le 1er décembre.  Et chez qui depuis deux semaine brille de toutes ses lumières scintillantes le roi des forêts.  Non.  Moi j’ai des principes madame.  Le sapin, pas avant le 1er décembre.   Et malgré ce que les mauvaises langues en ont dit, je n’ai pas encore ouvert une seule petit porte de mes deux calendriers de l’Avent.  Je sais me tenir.

J’adore les calendriers de l’Avent.  Même si on se le cachera pas, les portes en carton sont souvent meilleures que le chocolat qu’elles cachent.  Je vous propose donc une expérience.  À partir de demain, un article par jour.  Des plus longs.  Des plus courts.  Des drôles, des sûrettes.  Peut-être que des fois, on va passer un jour ou deux et des fois…   on va en ouvrir trois en ligne.  Je fais ça avec mes calendriers de Noël.  Essaie pas… toi aussi…

Bon, comme on s’aligne pour un bon marathon, on se brûlera pas en partant, j’ai embauché spécialement pour aujourd’hui un collaborateur spécial. Dans les prochains 24 jours, je vais tenter de vous écrire un Calendrier de l’Avent un peu différent…  Donc, pour garder du sérieux dans la patente, j’ai pas choisi n’importe quel collaborateur.  Mon collaborateur est Missionnaire d’Afrique, ses collègues et lui sont aussi appelés « Pères Blancs ».  Il est Supérieur Provincial à la retraite, mais son tempérament de chroniqueur-reporter lui, ne prend pas de pause.   Julien Cormier, mon oncle, nous explique ce qu’est l’Avent.  Vous êtes chanceux, la semaine dernière, il était à Washington, peut-être pour en parler avec Barack Obama.  Et celle d’avant il était à Rome (un jour, on vous fera un reportage sur notre tour guidé de Rome, qui inclut systématique un gelato Piazza Navona et où on ne va JAMAIS dans les catacombes ni dans le Colisée.  Si vous voulez y aller, faites affaire avec une autre entreprise).  En fait, on ne sait jamais exactement s’il est au Mexique, au Brésil ou ailleurs sur la planète.  Vous savez, dans une famille, il y a toujours un globe-trotter dont on ne suit pas tout à fait les allées et venues?  Et bien dans la nôtre, c’est le doyen de 74 ans qui joue ce rôle.  Le soir du vendredi 13 novembre, fallait voir les textos des neveux et nièces se faire aller (Julien, c’est tu aujourd’hui ou hier qu’il revenait de Rome vers Washington?  Parce que là, ils viennent de fermer Charles-de-Gaulle!).  (Il était en sécurité à Washington). Mais cette semaine, il nous écrit de la rue St-Hubert à Montréal.  Chers lecteurs, on débute ça en grand, mieux que Wikipédia, voici l’Avent tel qu’expliqué par Julien.  Et où on apprend que l’Avent a commencé hier, dimanche le 29 novembre, et que j’aurais ainsi pu ouvrir ma première porte deux jours d’avance!

« Les 4 dimanches avant Noël sont-ils appelés le « Temps de l’Avant » ? Non, ne pas écrire « avant » avec un A, comme si c’était le temps de l’avant-Noël. C’est « Avent » avec un E… simplification du mot latin Adventus, l’avènement de Jésus. « Venez divin Messie, nous rendre espoir et nous sauver » n’est pas un chant de Noël, c’est un chant de l’Avent. Une expression qui, comme Dies Natalis, jour de naissance de Jésus, demandez-moi pas pourquoi, est devenu en Italien Natale, en portugais Natal et en français, ce nom qui sonne si joyeux, Noël ! Noël rime dans ma tête avec Jingle bell ! C’est comme ça, tellement nous sommes américanisés et que certains chants américains marquent notre imaginaire en préparation du 25 décembre, fête du retour du soleil, du solstice d’hiver. « Dreaming of a white Christmas » ? Parce que cette fête populaire est devenue universelle, oui, même au Japon non-chrétien, où après avoir lancé la bombe atomique en 1945, les soldats américains ont lancé la tradition de Christmas, littéralement la « messe du Christ ». Avec une référence chrétienne aussi forte, pas étonnant que le souhait « Merry Christmas » devient « Season’s greetings », « Joyeuses fêtes » dans les discours politiquement corrects, respectueux des concitoyens juifs, musulmans, bouddhistes, hindouistes, raéliens, témoins de Jéhovah, scientistes, de religion athée, ou autres chrétiens essentialistes. Pas de célébration, pas de crèches dans les lieux publics…
Mais n’ayez pas peur, Coca-Cola ne veut pas qu’on oublie le Temps des fêtes, et a laïcisé Santa Claus, Saint Nicolas, le Père Noël, qui offre maintenant les jouets aux enfants tout un buvant la célèbre boisson gazeuse. La publicité des grandes marques nous rappelle depuis le 1er octobre, qu’il y a une fête de la lumière qui s’en vient, que des « beaux sapins rois des forêts » aux aiguilles bien vertes, sont à vendre, que vous pouvez acheter vos billets pour le ballet Casse-Noisette, le spectacle Magie de Noël, ou un concert des chants de Noël par une chorale locale. Là, ça passe si on fredonne qu’ « Il est né le divin enfant » et que « Minuit chrétien, c’est l’heure solennelle où l’homme-dieu descendit jusqu’à nous». Oups ! Je viens peut-être d’insulter un non-croyant, ou de scandaliser les parents ont choisi uniquement le Père Noël, pour initier leurs enfants au monde spirituel ou magique. Le Bon Père Noël (Saint Nicolas, évêque laïcisé et marié puisqu’il existe une Mère Noël) est somme toute un personnage sympathique dont Jésus, vivant au XXIe siècle, aurait parlé pour présenter une image positive de Dieu comme papa. Dieu le Père ! Les communistes soviétiques ont supprimé la fête de Noël pendant presque 80 ans. Mais comme c’est une fête magique, voilà qu’elle est revenue sur le calendrier russe.
Nous aimons tellement Noël, « sa magie », ses « neiges d’antan », « le petit nez rouge » que nous consommons Noël, en payant le prix fort, bien avant le temps de l’Avent. C’est comme manger tous les œufs de Pâques pendant le carême. Un temps de préparation à fêter Noël ? Pas vraiment. Combien de partés de Noël en décembre ? Un peu comme si, au lieu de célébrer le baptême d’un bébé naissant, son accueil officiel dans la famille humaine, on se contentait de faire quatre ou cinq « showers » (douches de cadeaux en soutien à la future maman). Mais j’exagère. Bon réveillon. Avant ou après la messe de minuit ? Demandez aux grands-parents qui y vont encore et qui pourront dans les jours suivants expliquer les « poupées de la crèche » à leurs petits-enfants ! N’oubliez pas de leur parler de l’âne, du bœuf et des chameaux. C’est très bio, très écolo, une crèche de Noël. « Rien de plus, bergère, rien de plus ? » – « J’ai vu dans la crèche, un petit enfant, sur la paille fraîche, mis bien tendrement »- « Sainte Marie, sa mère, lui fait boire du lait. Saint Joseph, son père, qui tremble de froid ». Joyeux Noël! !   »   

NDLR: Julien vous a mis les paroles écrites de D’où viens-tu bergère… s’il y avait pensé, c’est certain qu’il vous aurait mis ce fabuleux extrait tiré du disque « Le Noël de Cannelle et Pruneau« .  Je vous le mets.  Prérogative de la rédactrice!

Donc, on se revoit virtuellement demain matin?

 

 

 

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Rôti d’orignal, sauce aux berries et village western

En cette belle fin de semaine de fin novembre, tous les jours dimanche s’en va jouer au chef dans une autre cuisine.  Je vous l’ai dit ici, j’adore aller cuisiner dans les cuisines des autres parce que les autres, ben, ils ont des lave-vaisselle.

IMG_3112On s’en va donc à Val-Marguerite tester l’orignal 2015.

Je prends ici une pause dans la recette pour vous parler en chemin d’un coin méconnu de la région.  Clarke City, village western.  Western comme dans film de cowboys, comme dans Lucky Luke.  Comme dans Daisy Town.

Clarke City est une ancienne petite ville industrielle près de Sept-Îles, avec qui elle est maintenant fusionnée.  Elle en constitue un « noyau urbain », tel qu’indiqué sur la pancarte.  Les gens y sont en réalité charmants, mais l’urbanisme de la ville invite à penser que les Dalton auraient pu s’y réfugier.

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Maintenant que vous connaissez ce charmant « noyau urbain », on continue notre route, on passe le golf, et on arrive à « Val-Marguerite ».  C’est un beau nom, hein!

Ce soir, on cuisine l’orignal.  Pas celui de la photo d’un article précédent, pas non plus celui qui a été aperçu au trou no 9 du golf Ste-Marguerite juste à côté, mais plutôt un orignal anonyme ayant malencontreusement croisé le chemin d’un as de la gâchette.   Attention, je vous dévoile un scoop:  cette recette ne sera pas vegan.  Mais il y aura des légumes.

Dans mon cas, l’étape numéro un est de me faire donner un morceau de viande.  Parce que dans ma naïveté mon aveuglement volontaire, la viande, ça pousse en emballage sous-vide identifié dans le congélateur.  Comme le papa de mon hôtesse a un tempérament de chasseur-cueilleur plutôt développé, on avait hier le choix entre le steak ou le rôti.  On a choisi le rôti, parce qu’il est beaucoup plus photogénique.  C’est important pour un ingrédient de recette de blogue d’être photogénique.

 

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Pour commencer, on marine la viande.  Pas compliqué, du vin, de la Dijon, des épices de Montréal et de la sauce Worcestershire.  Là, groupe, on fait un effort, c’est pas si difficile à dire: WORCESTERSHIRE.  Pratique toi dans ta douche, c’est dépassé depuis 2004, ne pas être capable de le dire. Demande moi pas les quantités, je ne le sais.  Goûte.  Balance tout ça.  Fais-toi confiance.  C’est ce que je fais et ça donne habituellement des bons résultats.  Sauf en 1996, quand la marinade des filets de porc goûtait le caramel à crêpe.  Ne pas mettre de la cassonade et ajouter ensuite du sirop d’érable.

Pendant que ça marine, grignote de la baguette avec des rillettes de canard, et si t’es chanceux, ajoute un peu de gelée de pimbinas.

IMG_3131Coupe-toi des légumes.  C’est bon pour toi les légumes.  De la courge butternut.  J’adore la courge butternut.  Elle est moins extravagante que sa sœur, la buttercup et nettement plus discrète que sa cousine, la citrouille d’Halloween, mais c’est elle la meilleure.  On devrait nommer la courge butternut reine des légumes du Québec.  Pourquoi a-t-on mangé de l’infâme navet pendant des décennies alors que la courge pousse bien, se conserve longtemps et est si bonne en potage?  Des zucchinis (dis pas courgette, courgette, ça fait drabe.  Alors que « zucchini », te voilà en Italie!).  Des asperges, des poivrons, des carottes. De l’ail.  Pas de l’ail de Chine, parce que c’est pas bon.  On en a eu la preuve encore hier.  Pourquoi y’avait pas d’ail du Québec chez Provigo?  Mets tous ces légumes sur une plaque huilée et mets ça au four que tu auras préalablement crinké à 400 degrés (amis Français, ici, on a froid en celcius, mais on popotte en Fahrenheit).  Retourne tout ça un moment donné, ferme le four quand ce sera prêt.  Je ne sais pas combien de temps.  Mets-toi des 5 minutes sur le minuteur de ton téléphone si ça te rassure, et répète ça quelques fois.  J’oubliais.  Cette recette sera « avec pas d’oignon ».  Pour des raisons éthiques.

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Sors la viande du frigo, sers-toi un verre de vin et grignote un autre bout de baguette.  Prend ta casserole à confiture, couvre le fond de berries*, ajoute de l’eau et un peu de sirop d’érable et mets ça à minimum.  On va s’en servir tantôt.

La viande a tempéré un peu?  Pars ton rond avec ta meilleure poêle, ici, on a une « The Rock » et fais revenir ta viande.

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Une fois cette étape accomplie, prends ta viande et mets-là à part dans une assiette.  Tu peux la mettre dans le four encore un peu chaud.  Si tu as un thermomètre, on veut la viande autour de 60-65 degrés (en celsius cette fois ci).  On sort tout ça du four ou de la poêle un bon 5 degrés avant.  Et on laisse le temps faire son œuvre, la viande se repose.  Relis ce paragraphe.  La cuisson, c’est vraiment la clé du succès pour la viande.  Tout est question de température et de temps de repos.  L’orignal mérite trois ou quatre degrés de plus que ta cuisson de bœuf préférée.

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IMG_3143Dans ta poêle que tu n’as surtout pas lavée, ajoute un peu de vin, le reste de la marinade, et les berries qui ont sûrement confituré en ton absence.  Dans cet ordre.  Ou à l’envers.  Idéalement, tu ajoutes du fond de veau ou quelque chose du genre, mais hier, le quelque chose du genre a été du Bovril au boeuf…  L’épicerie la plus proche est loin, à Val-Marguerite.   Laisse réduire, goûte, ajuste, rajoute surtout pas de sel si tu as mis du Bovril.  Et gâte-toi, ajoute un peu de crème..

Ton rôti s’est bien reposé, tu peux maintenant couper des beaux médaillons.  Laisse aller ta di Stasio intérieure, fais-toi une belle assiette, sers-toi un autre verre de vin et mets tes potins à jour avec ta chum de fille.  Parce que l’orignal, c’est pas juste une affaire de chasse.  Mais ce qui se dit à Val-Marguerite y reste.

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*berries: petit fruit rouge avec lequel grand-maman Cormier faisait des tartes, synonyme de graines rouge avec lesquelles grand-maman Chiasson fait des « slides ».  Socialement connu sous le nom d’ airelle vigne d’Ida.  Et ils en vendent aussi chez Ikéa.  Ressemble à une petite canneberge, mais nettement meilleure.

 

 

 

Ma sœur m’a échangée contre une perruche 

Aujourd’hui, tous les jours dimanche vous amène en pays aviaire…

Le printemps dernier, mes activités professionnelles m’ont amenée à 225 km de la maison, c’est-à-dire, à l’autre maison.  Chez nous, c’est Sept-Iles, où je paye des taxes municipales -j’essaie de faire ça à temps.  Mais chez nous c’est aussi à Havre-Saint-Pierre.  En fait, je suis chez nous partout.  Pour tout dire, mon filleul de trois ans et demi pense que j’habite également dans son sous-sol sur la Rive-Sud de Québec et que j’en ressors de temps en temps pour qu’on regarde ensemble des vidéos de train sur YouTube et pour tricher jouer avec lui à « Piou-Piou » (excuse-moi Raph, mais je les comprends pas, les règlements.  Pis elles viennent faire quoi les cartes de Toy Story avec le renard, le coq et les poules???). Je suis chez nous partout et en plus, les autres ont tellement des plus belles cuisines que la mienne.  Donc, je traine mon tablier, mon thermomètre à viande et je prends le contrôle des cuisines des autres.  Ça coûte moins cher en rénos et je peux garder mes sous pour voyager aller faire à souper à l’étranger.  De plus, les autres ont des lave-vaisselle.  Moi, je n’ai pas de lave-vaisselle, parce la dernière fois où j’ai eu un plan concret de rénos de cuisine, j’ai finalement acheté un billet pour la Grèce.  La fois d’avant c’était la Corse (ou l’Allemagne…).

J’ai donc pris cet été pension chez ma sœur et mon beau-frère.  En prenant du coup le contrôle de leur bbq.  Dans mon royaume culinaire, je suis la reine autoproclamée du bbq, avec de bons et loyaux sujets (quelquefois, je soupçonne par contre une certaine rébellion dans les troupes.  Mais je vais finir par le comprendre, le fonctionnement du bbq Weber de la rue Laurier!!!).  Je suis pas pire, sérieux.  J’ai même pris un cours en 2013.  Un samedi matin.  Étrange expérience, on a testé des ribs fumés à 9h30, mais avec une bière en canette, ça avait fini par passer.

L’été s’est terminé, j’ai finalement quitté mon île pour retourner à la maison (celle où je paye des taxes). Et il a suffit de quelques jours pour que mes logeurs ressentent dou-lou-reu-se-ment mon absence, et à mon passage suivant, j’ai vu qu’ils n’avaient pas eu le choix de me remplacer.

Par une perruche.

 
Loulou qu’elle s’appelle.  Si c’était pour me remplacer qu’ils l’ont adoptée, c’est pas gagné.  À la liberté de voler, Loulou préfère sa cage.  Loulou n’aime pas goûter les nouvelles affaires et fait un détour (dans sa cage, c’est pas facile) pour ne pas voir le mini-morceau de mandarine ou de concombre qu’on lui offre.  Tout le contraire de moi.  Loulou se contenterait de branches de millet.  Moi, les branches de millet…    Loulou a peur de la boule de Noël que ma soeur lui a gentiment mis dans sa cage alors que moi, j’ai gardé des boules de Noël allumées non-stop dans ma fenêtre de salon pendant 4 ans.  True story, demandez à la voisine!    Loulou n’est pas de ces perruches qui parlent.  Ça viendra peut-être.  Moi, je ne suis pas une perruche, mais…  je parle!

Live des records guinness 1982Je me demandais donc pourquoi, au milieu de tous les êtres vivants disponible, ils avaient choisi Loulou pour me remplacer. Non, mais me semble, un petit Mogwai?  Si on ne lui donne pas d’eau après minuit, ça reste gentil et ça ne se transforme pas en affreux Gremlin.  Ou un si minuscule singe comme celui qu’il y avait sur le Livre des record Guinness 1982? Encore heureuse de ne pas avoir été remplacée par Bottine, la mouffette du film éponyme…

Je crois donc sincèrement, et ce n’est pas par jalousie, qu’ils se sont faits avoir à l’échange.  Parce que Loulou, en plus d’avoir une alimentation pas très diversifiée, elle ne fait pas le souper.  Elle se tient même très loin du bbq (peut-être avec raison…on aime beaucoup le poulet avec la canette dans la famille.  Mais les canettes sont grosses et Loulou petite, je ne m’inquiéterais pas trop si j’étais elle).

Hier, j’ai découvert pourquoi.  Pourquoi ils m’avaient échangée contre une perruche.  En finissant ma journée et en allant nonchalamment nerveusement voir si j’avais de nouveaux abonnés sur la toute nouvelle page de « tous les jours dimanche » , j’ai vu que Loulou avait sa propre page Facebook.  Étrange, puisqu’elle n’a pas d’ordi dans sa cage.  Et que la seule tablette qu’elle possède est un perchoir où elle s’installe pour manger ses branches de millet (le Millet est tendance.., faites attention, c’est peut-être la nouvelle graine de lin (tellement 2005….) ou de chia -soooo 2013).  En fait, la seule activité qui intéresse Loulou est de regarder passer les marcheurs par la fenêtre (bon, je lui accorde, ça peut occuper une perruche à temps plein, les marcheurs.  Surtout au Havre. Parce qu’on se le cachera pas, il n’y a aucune place au Québec et peut-être même au monde où ça marche autant qu’au Havre).  Un oiseau qui observe les humains.  Un espèce d’ornithologue inversé.

Donc Loulou est sur Facebook.  Et je n’ai pas mis de temps à élucider le mystère.  Je suis pas pire pour découvrir le fin mot des histoires.

On retourne il y a quelques mois.  Quelque part en juillet ou en août, je me suis intéressée au fait qu’à la maison, on parlait beaucoup de débloquer les indices, de chercher les preuves ou de je ne sais quelle autre enquête.  À part le fait qu’on est des fans de NCIS (avez vous remarqué que Gibbs, c’est le prof déjanté de Classes Vacances?  Oui, c’est là que vous l’aviez déjà vu!), on n’est pas membres des forces de l’ordre personne.  Ils (ma sœur et mon beau-frère, vous suivez?) m’ont alors expliqué qu’ils parlaient de Criminal Case.  Un autre de ces jeux addictifs. Avec tout l’enthousiasme dont je suis capable, je me suis mis à enquêter, trouver les indices, débloquer mes amis des tableaux où ils étaient pris.  Pendant 3 jours.  Peut-être 4.  J’ai par la suite tout abandonné comme je l’avais fait auparavant avec mon village Schtroumpf, Trade Nations, Candy Crush et autres Trivia Crack (Avez-vous essayé 2048?  Je joue jours et nuits à 2048.  Depuis 4 jours.  Ça sent la fin).  Je suis comme ça.  J’envoie mon schtroumpf-quipage en schtroumpf-bateau sur le schtroumpf-céan et je laisse seuls à eux-mêmes.  Ils me texteront quand ils découvriront l’Inde. Ou l’Améri-schtroumpf.  Pour Criminal Case, la seule chose qui m’attriste est que mon chien policier, un sympathique Cavalier King Charles, est probablement mort de faim.

Donc, Loulou est sur Facebook je disais.  En regardant de près son profil (elle m’a acceptée comme amie, c’est gentil), je me suis rendue compte qu’à part le millet et l’ornithologie inversée, Loulou s’intéressait aussi à Criminal Case.

ET VOILÀ POURQUOI ILS M’ONT REMPLACÉE PAR UNE PERRUCHE!  Pour récupérer ses indices et recevoir de l’énergie de sa part à Criminal Case!  Loulou joue à Criminal Case depuis le 19 septembre, alors que moi j’ai abandonné après 3 jours.  Ou peut-être 4.

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Mais Loulou ne cuisine pas.  Moi oui.

Place of birth/Lieu de naissance

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Promenade des Anciens, Havre-Saint-Pierre, septembre 2015

Au début de tous les jours dimanche, je vous avais écrit qu’on y parlerait de la vie en région mais je me suis égarée en France, sur le chemin de Damas, dans le monde des fourmis.  Le monde nous y a amené. Et peu importe à combien de kilomètres des évènements on vit, on est tous un peu sur place.  Mais aujourd’hui, c’est dimanche et on revient à la maison.  Qui se situe à Havre-Saint-Pierre ou à Sept-Iles, selon l’occasion (c’est quoi, 225 km de 138 après tout!).

Je suis née ici. Mon passeport, qui me sert à voir le monde plutôt qu’à affirmer ma nationalité indique Havre-Saint-Pierre comme lieu de naissance. C’est comme ça. Une immense chance. Un karma. Ou le résultat de la rencontre d’un Cayen et d’une Paspaya qui ont décidé d’y  revenir après avoir été construire Fermont à mains nues (mais avec des mitaines).

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On va régler l’accent. Le monde de chez moi a une relation ambigue avec la lettre « r », utilise certaines expressions typiques et caractéristiques.  Mais on ne s’attardera pas là-dessus.  Parce que je vous connais, vous seriez tentés de nous imiter et ça vire toujours plus ou moins à la catastrophe ou minimalement au gros malaise.  Vous savez quand un Français décide d’imiter l’accent québécois et qu’il place inadéquatement des sacres démesurés dans ses phrases?  Ben toi le québécois pas du Havre, quand tu nous imites, c’est le même combat (À tous mes amis Français, je suis désolée de vous l’apprendre si abruptement.  Mais: STOP IT.  Ne nous imitez pas.  C’est même pas ressemblant.  En échange, je promets d’arrêter de rire de votre accent quand vous parlez anglais).  Une autre chose qu’on va régler, mon cas à moi. Non, je ne l’ai pas « tant que ça », ce fameux accent.  C’est correct, on me l’a assez dit.   Non, c’est pas parce que j’ai honte. Je le trouve plutôt chantant cet accent et il sort parfois au détour d’une bouteille de vin avec les filles. Parce que venir de Havre-Saint-Pierre c’est aussi garder les mêmes amies depuis toujours.  Ce sont les cousines. Ou les pas cousines. Qui sont cousines entre elles. Mais non, on n’est pas consanguins. Bah, peut-être que oui, mais pas plus que vous.

Pour moi, la moyak* ou les plaquebières**, ce n’est pas exotique, on n’appelle pas ça de la cuisine du terroir. C’est juste des ingrédients comme d’autres, cuisinés dans un chaudron noir ou en tarte qu’on mange de temps en temps. Entre un filet de porc, un gâteau Crunchie ou du ragoût de boulette en canne (mais ça, j’en mange plus. Je trouve ça trop exotique).  Et toutes les recettes de Ricardo. Nous aussi, quand on tape un ingrédient sur google, on tombe sur Ricardo.  Sauf « moyac » et « plaquebière ».  Ricardo n’est pas encore rendu là!   Il y a aussi « tous les jours dimanche » qui dépasse Ricardo avec fierté si les mots clés sont « type + sauce + mottons ».  On travaille le référencement comme on peut.

J’aime la même musique que le monde « de la ville ». Il y a quatre ans, quand tout le monde est allé voir U2 à l’Hippodrome, mes 15 chums pis moi on y est allés aussi.  En métro.  Sauf qu’on dormait aux Gouverneurs Place Dupuis. Y’a deux ans, mes 7 chums pis moi on est allés se faire chier sur les plaines pour pas voir Madonna. C’était pas bon, hein?  On essaie d’aller au Festival de la chanson de Tadoussac,  découvrir les artistes émergents, c’est à côté, à peine 500 km.  Comme toi, on fréquente (pas assez) nos belles salles de spectacle.  Ça va te faire plaisir, la salle flambant neuve de Havre-Saint-Pierre s’appelle  la Shed à Morue.  C’est cool comme nom, non?  En tout cas, si t’aimes pas ça, mêle toi z-en pas.  Tu t’attaquerais à plus gros que tu penses!  J’aime la même musique que le monde de la ville. Sauf qu’entre le nouveau Adèle et un Tire le Coyote, moi, j’ai la larme à l’œil en écoutant Perce les nuages de Paul Daraiche, qui pour nous n’est pas une nouveauté intéressante venant d’obtenir son droit de passer en entrevue à Radio-Canada.   Mais j’ai le même mouvement d’étonnement que vous en écoutant du mauvais country.  Le même qu’en écoutant du mauvais « Easy Listening » ou du déprimant « Chill Lounge ».

Je l’avoue, j’étouffe souvent un sursaut d’impatience quand j’entends une généralité émise par un étrange (fâche toi pas, c’est un mot gentil, je le dis avec un sourire en coin!). « Le monde au Havre » est individuellement tout aussi différent l’un de l’autre que ton voisin de palier, ton notaire et toi. Ils partagent le même espace géographique. Ils aiment juste un peu plus le ski-doo qu’un bobo du Plateau, mais c’est peut-être juste parce le terrain de jeu pour en profiter est à côté et qu’un bixi, c’est pas pratique sur la Promenade des Anciens. Pas plus qu’une Vespa sur la 138.  Pis je vais te dire un secret…  on n’est pas tous gentils.  En tout cas, pas tout le temps.

Une autre chose.  Chez nous, c’est pas la campagne.  Je comprends rien là dedans, moi, la campagne.  Les fermes, la culture du blé d’Inde, même le sirop d’érable est un produit qui m’apparait en conserve chaque printemps et pour lequel je ne vois pas la différence entre celui de cette année et celui de l’an passé…  La vache la plus près vit paisiblement sa vie de ruminant à plus de 500 km d’ici.  500 km, en distance nord-côtière, c’est pas assez loin pour s’empêcher d’aller y magasiner, c’est pas assez loin pour avoir changé de région administrative, mais c’est assez loin pour ne pas y connaitre le nom de la vache.  Et il est toujours question de bovin.  Vois-tu, chez nous, on est plus pêche à la morue (elle revient, elle revient..) et on vire complètement fous aux premiers débarquements de crevette et de crabe.

Maintenant qu’on a planté le décor, garni d’épinettes rabougries, d’une mer plus belle que dans le Sud et de gens chauvins (attention: moi j’ai le droit de le dire, mais pas toi!) mais attachants, je te promets qu’on y reviendra.  On va parler de météo, de recette, de moi, de produits de chez nous, de route, d’économie.

P.S.: Non, je connais pas Stéphane de Ragueneau.

*  moyac: eider à duvet: oui, on mange l’oiseau qui porte les plumes qui gonfle ton Canada Goose.

** plaquebière: aussi appelé chicoutai, mûre des marais, le vrai nom est ronce petit-murier et ils en vendent chez Ikea.

 

 

La planification du chemin de(puis) Damas

Route de Damas
La route de(puis) Damas

tous les jours dimanche, des fois, c’est aussi un temps d’arrêt.

Quand la folie s’empare de nos compatriotes, il devient tentant et c’est de bonne guerre, d’essayer de les comprendre.  C’est pas facile quand on ne part pas du même point de départ.  Si on parle de Boston qui mène la série 3-0 contre les Canadiens, je me rabats sur Paul Houde.  Il a une statistique qui m’éclairera (même s’il prend pour Chicago).  Mais quand la fin du monde dépasse 7h sur les réseaux sociaux, et qu’il s’agit de xénophobie, d’ignorance et de refus d’accueillir des gens qui ont besoin de nous, on cherche un peu plus loin.  Notre point de départ peut être Damas.  Ou le site de Radio-Canada…

J’avais loupé cet article de Michel C.Auger paru mardi: Trudeau: entre les principes et les modalités .  En résumé, il craint que le premier ministre du Canada se soit tellement concentré sur les modalités de l’accueil des réfugiés syriens qu’il en ait perdu de vue le principe.  Et il me permet par son texte de mettre le doigt sur un point qui me chicotait avec l’accueil des réfugiés Syriens (et sur ce qui fait que plusieurs de mes compatriotes freakent comme si la vie ici était Homeland.  On s’entend, ma pensée est à des années lumières de ceux qui sont persuadés que les Syriens s’en viennent armés nous convertir et infiltrer nos institutions.  Je vais le dire en partant:  si c’est ce que vous croyez, passez votre chemin – de Damas ou d’ailleurs-, on n’est pas faits pour s’entendre sur ce point…)

J’ai été formée pour planifier. Toutes les universités québécoises nous offrent une panoplie de cours pour apprendre à le faire.  On détermine le but à atteindre, on se donne un plan pour s’y rendre. « Quoi, pourquoi, comment,  quand ».  Ma philosophie: on se prépare le mieux possible.  Parce qu’on sait que l’imprévisible va inévitablement se produire.  Mais notre cerveau est une formidable machine et il ressortira au moment opportun les pièces de notre plan qui s’adapteront à la situation qui n’était pas prévue.  Mais il faut pour ça avoir un plan.  Sinon, ce n’est qu’improvisation.

Dans quelques semaines, nous deviendrons une terre d’accueil pour ces gens qui fuient la peur.  Pensez-y, il faut avoir très peur pour fuir son pays.  Nous passons six mois par année à pester contre l’hiver et nous ne pensons pas à fuir.  On chiale, on s’achète un billet pour le Sud et on revient dans la neige de mars une semaine plus tard en chialant encore mais en se disant « Home Sweet home ».  Ces Syriens fuient un pays qui fut superbe.  Mais où les djihadistes détruisent la beauté au même rythme qu’ils construisent l’horreur.  Ces Syriens fuient leur pays.  Leur maison.   Ils fuient leur Vieux-Québec, leur Stade et leurs centres d’achats à eux.  Ils fuient leur Havre-Saint-Pierre à eux.  Ils quittent leur monde à eux.  Sans « Home, Sweet Home » à l’horizon.

Je ne doute pas qu’un peu partout au Canada, au Québec, des fonctionnaires et des groupes de citoyens s’affairent à préparer l’arrivée des réfugiés Syriens (qui, je vous le rappelle, ne se sont pas réveillés à Damas vendredi dernier en disant « ah oui, le Canada, je pars – armé et dangereux-  pour le Canada « …  les gens que nous accueillerons se sont réveillées vendredi dernier dans un camp de réfugiés quelque part en Jordanie, en Allemagne ou en Grèce.  En ayant déjà subi moult contrôles en chemin.  Et en regardant l’horreur se produire à Paris leur rappelant l’horreur qu’ils avaient eux-mêmes quittée).

Un camp d'hébergement à Munich le 7 septembre 2015
Un camp d’hébergement à Munich le 7 septembre 2015 Source: RFI

Mais de la part de nos élus, on discute d’une chose:  « Avant Noël ».  Et de discourir si avant Noël, c’est faisable, ou réaliste, ou si c’est trop tôt… Déjà que tout est fermé le 25…

Savez-vous quoi? Après Noël, ce ne sera pas non plus trop tard.  Quoique, on pourrait également les choisir dans le catalogue Sears, nos réfugiés, et en plus profiter de la promotion « commandez avant le 1er décembre et ne payez pas la livraison ».  Mais savez-vous quoi (en plusse)?  Il n’y en aura pas de rabais, sur nos réfugiés, si on les reçoit avant le 25 décembre.  Avant Noël, ce n’est pas l’enjeu, ce n’est pas l’objectif.  C’est le deadline.  Et le deadline, même pour les journaux il n’est plus si important.  Donc, on peut aussi les attendre pour le 31, ou pour les Rois.  On le commencera plus tard, notre Calendrier de l’Avent.  De toutes façons, on n’a pas fini nos bonbons d’Halloween.  On peut même attendre à la Saint-Valentin.  Mais pas la semaine des quatre jeudis. Non.  Sur ce blogue, c’est tous les jours dimanche et on n’attend pas la semaine des quatre jeudis pour agir.

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Camp de réfugiés en Jordanie.  Source: Amnesty international

Messieurs et Mesdames nos élus, j’aimerais que vous expliquiez correctement à mes compatriotes votre planification de l’arrivée des réfugiés syriens.  Selon les règles de l’art: quoi, pourquoi, comment. Laissez faire le « quand », je crois qu’on l’a compris. Est-ce qu’on pourrait parler d’enjeux?  De principes? Certains seront surpris de l’apprendre, mais dans ma carrière d’étudiante universitaire qui s’est étalée sur deux décennies, j’ai beaucoup travaillé et j’ai appris à appréhender une situation selon l’enjeu qu’elle représente.  Sur ce qu’on a à perdre et à gagner en bougeant.  En ne bougeant pas.   J’ai appris et essaie d’appliquer les principes du win-win dans une négociation.  Et on ne me sortira pas de la tête que dans les cas présent, le Québec a tout à gagner et les Syriens ont déjà tellement perdu.

Je compte bien sur le fait qu’avec nos impôts, nos institutions et nos structures, mais surtout avec notre cœur, nous accueillions 25 000 réfugiés syriens.  Peut-être pas avant Noël.     C’est pas ça qui est important.

Et dans un an ou deux, on bouclera la planification avec la rétroaction et le bilan de l’arrivée de ces gens dans nos vies.  Dans ce que j’ai appris sur les bancs d’école, ça fait aussi partie d’une bonne stratégie, des étapes de la planification.  J’ai entendu dire qu’ils avaient également de très bonnes universités à Damas et à Alep.  Des bons collèges, des écoles modernes.  Nos nouveaux compatriotes qui seront d’ici là devenus citoyens québécois d’origine syrienne ou résidents permanents, peu importe, ils seront nos voisins et collègues, nos amis, certains entreront peut-être dans vos familles (bouh!)  et ils participeront avec nous à cet exercice de bilan.  Il n’en tient qu’à nous qu’il soit positif.  Et un peu à nos élus…

Et bien-aimés compatriotes canadiens et québécois, ainsi que citoyens du monde entier qui liront mon article, je vous informe de ceci: les commentaires sur ce blogue sont modérés.   Par moi-même en personne. Les commentaires racistes, xénophobes, fermés d’esprit ne passeront pas la censure que j’y impose. Je serai impitoyable.  Aussi impitoyable que les jugements gratuits que j’ai lus récemment.

C’est toutefois à vous, et non aux Syriens, que je souhaite de trouver votre chemin de Damas.

 

 

 

Liberté, égalité, fraternité 

Le café au lait et le croissant de tous les jours dimanche a cet semaine un goût différent.

La devise du Québec nous rappelle qu’on se souvient.  Je dois avouer que je ne pourrais pas spontanément vous citer de quoi ou de qui nous nous souvenons.  Le Canada a pour devise un fait géographique, « a mare usque a mare » et les Américains mettent leur confiance en Dieu.  « In God  (they) trust ».  Dieu seul sait en quel dieu par les temps qui courent.

J’ai toujours  trouvé que la devise française représentait quant à elle un vrai idéal à atteindre, tout en étant une manière de vivre au quotidien.  « Liberté, égalité, fraternité ».  C’est à mon sens la bonne façon d’être un être humain et une bonne recette pour vivre ensemble.

Vendredi soir, le monde, notre monde a encore manqué un battement d’humanité.  Oh, il en a manqué plusieurs dans les derniers temps.  En Syrie, au Liban, en Égypte.  En Afrique de l’Ouest.  Et dans plusieurs communautés autochtones à côté de chez moi.  Vendredi, par l’intermédiaire de nos écrans, c’est vers Paris que nos yeux se sont tournés.  Une soirée de celle dont on se rappelle où et comment on l’a appris.  De ces événements dont il faut plusieurs heures, plusieurs jours, pour comprendre l’ampleur de ce qui y a été vécu.  Et où plus on en apprend sur ce qui s’est passé, plus on saisit qu’aucun de nous ne pourra l’expliquer.  Que la violence et la souffrance de ce drame ne sont qu’une infime partie de de quelque chose de beaucoup plus grand et malheureusement, plus laid.

Vendredi, la pulsion de laisser la peur et la haine remplacer les battements de nos cœurs s’est faite très intense.

Mais la devise de la France m’est revenue en tête et je nous invite à la laisser atteindre nos âmes.  Ce serait une bonne façon de tisser une humanité plus serrée, sans échapper de mailles et en essayant de rattraper celles qu’on a laissé tomber.

Liberté, égalité, fraternité.  Oh… je suis encore troublée.  Mais je me dis qu’on pourrait au moins essayer…

 

http://www.mathieu-molinaro.fr/triptik-liberte-egalite-fraternite/

 

Avant-hier encore, j’avais 20 ans…

La rue l'Autre rueSi tous  les jours dimanche se veut un reflet de ma vie au quotidien, il sera sûrement parsemé de petits articles où je parcours le Québec d’est en ouest pour aller prendre une quelques bières avec des gens qui eux l’ont parcouru du nord au sud (je persiste et je signe: Val-d’Or est au nord, Havre-Saint-Pierre est à l’est.  Nous, on monte à Québec.  Eux ils descendent à Montréal…  Vous voyez ben, logique implacable).

Samedi dernier, c’était une de ces occasions.

Je fais partie de ces quatre ou cinq extraterrestres qui disent être allés « au collégial » et non au Cégep.  Pas par snobisme.  C’est juste que je ne suis pas allée au Cégep (je me suis bien repris après en travaillant avec fierté pour deux Cégeps différents pendant 8 ans…  il devait me manquer quelque chose).  Car voyez-vous, ces fameuses deux années (et demie dans mon cas) entre le secondaire et l’université, je les ai passées en banlieue de Québec sur un campus que plusieurs qualifieraient d’enchanteur mais dont le souvenir le plus marquant reste pour nous une obscure « roche », jamais vue à la lueur du jour.  Mon dernier bulletin indique que j’ai obtenu mon diplôme collégial au Collège St-Augustin, mais dans mon cœur, je suis allée au Séminaire Saint-Augustin, sans aucune ambition de devenir curé, sans même savoir exactement ce que j’allais y chercher.  Et encore moins y trouver.

La roche
La Roche près du lac Saint-Augustin crédit photo: Côte

À toi qui pense qu’au Séminaire St-Augustin, on se couchait de bonne heure et que la messe était obligatoire, laisse moi t’expliquer une ou deux choses.  Rassemble dans un même lieu 500 jeunes, des années plus, les dernières moins, arrivant de la Gaspésie, de l’Abitibi, de la Côte-Nord et des Îles-de-la-Madeleine, lâche lousse à travers ça quelques rescapés de l’Outaouais ou de Sherbrooke.  Ajoute presque personne du coin.  Sauf quelques-uns.  Appelle ça la saveur locale.  À toutes les semaines, il y en a un qui fête ses 18 ans.  Tou-tes-les-semaines.  Ça va te donner un espèce de tout-inclus, avec des buffets étranges, de la bière pas chère, un une bus (la 15…  on y a également eu des autobus jaunes et l’obscure « Tradition », dont on a jamais compris les horaires) une fois de temps en temps pour aller au centre d’achat, faire du rafting ou faire le party à la Volks.  On y marché à des drôles d’heure et fait du vélo pour aller nulle part.  Sinon, les spectacles, de qualité inégale mais souvent surprenants se font à l’auditorium, avec des acteurs et animateurs que tu as croisés plutôt dans la journée. (Trop) souvent, c’est carrément toi la vedette..  Prends toi un catalogue, choisis-toi un pavillon un peu au hasard ou selon ce que ta voisine ou ton cousin qui y est déjà allé quatre ans avant t’en dit…  L’année d’après, comme tu connais le coin, tu te loues un appart.  Trois quatre apparts.  Dans le même bloc.  Tant pis pour ceux qui sont pas de la gang.  Tu me vois venir? Le Séminaire St-Augustin, c’était Varadero depuis que Sunwing offre les départs de Val-d’Or et de Sept-Iles.  En tout cas, c’est le souvenir qu’on en a.  Mais dites le pas à ma mère.

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Auditorium du Séminaire Saint-Augustin

Ce samedi, une cinquantaine de rescapés et moi, maintenant respectables quadragénaires (pour la plupart…) sommes allés nous faire accroire qu’il y en avait un de la gang qui fêtait ses 18 ans cette semaine.  Nous avons été reçus par Satan Martin au Salon de dégustation de Micro-Brasserie le Corsaire, à Lévis (faut que tu ailles y faire ton tour, la bière y est bonne et le diable proprio sympathique).  On a ri, on a eu les larmes au yeux, on s’est couché tard (plus tard que ce qu’on a pris comme habitude récemment, en tout cas…), on a j’ai pris le contrôle de la place (excuse moi, cher gars du CSSR dont j’oublie le nom à qui j’ai volé la chaise qui servait de stage et qui finalement animait très bien la soirée…  mais quand les gars du CMM sont là, je retrouve mes 19 ans et à 19 ans, j’avais le contrôle de l’auditorium de 600 places du SSA!).

En 1996, le Séminaire a fermé définitivement ses portes (même si samedi, on a réussi à se rendre au milieu de l’auditorium barré).  Mais, toi lecteur, essaie pas d’en savoir plus sur ce qui s’y est passé.  N’essaie même pas de savoir tout ce que j’y ai finalement trouvé, ce qui était là en 1993 et qui l’était encore samedi dernier.  On ne peut même pas te l’expliquer.

Parce que ce qui s’est passé au Séminaire… va y rester!